Vaccins antigrippaux : le modèle économique pourrait être renversé

© Getty Images - Photo taken in Madrid, Spain

Vaccins antigrippaux : le modèle économique pourrait être renversé

Réservé aux abonnés
Publié le 10 décembre 2025 | modifié le 11 décembre 2025
Par Benjamin Roussel

La Direction de la sécurité sociale (DSS) envisagerait d’égaliser les marges sur l’ensemble des vaccins antigrippaux, qu’il s’agisse des vaccins normodosés ou des formulations améliorées comme Efluelda ou Fluad.

« C’est une énième mauvaise idée », a dénoncé mercredi 10 décembre Pierre-Olivier Variot, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO).

Des marges qui varient du simple au double

« Actuellement, la marge n’est pas la même sur les vaccins antigrippaux puisqu’elle passe du simple au double, en gros de 72 à 73 centimes sur les vaccins normodosés à 1,40 euro sur les vaccins à haute concentration ou adjuvanté », rappelle-t-il.

La DSS évoque une prévention des « vaccinations forcées »

Selon la DSS, harmoniser ces marges éviterait « une vaccination forcée » vers les produits les plus chers. « C’est purement aberrant », réagit Pierre-Olivier Variot qui note qu’on toucherait pour la première fois au principe de marge dégressive calculée sur le prix du médicament.

Une incohérence dénoncée dans la reconnaissance du rôle prescripteur

Le président de l’USPO pointe aussi une incohérence dans la manière dont l’Assurance maladie considère les pharmaciens. « On nous dit que nous sommes prescripteurs et susceptibles d’orienter la prescription selon ce qui nous arrange économiquement. Pourtant, lorsqu’elle nous rémunère, pour les vaccins contre la grippe et le Covid-19, 7,50 euros, injection et prescription comprises, au lieu de 9,60 euros quand nous prescrivons les autres vaccins, elle ne nous reconnaît plus comme prescripteurs. La Sécurité sociale ne peut pas nous concevoir comme prescripteurs dans certains cas, et comme non-prescripteurs dans d’autres ».

Publicité

« Un projet d’arrêté est déjà rédigé »

Pour l’USPO, la genèse du projet ne fait guère de doute. « Je pense qu’un industriel est derrière cette idée », avance Pierre-Olivier Variot. Le syndicat affirme en outre qu’un « projet d’arrêté est déjà rédigé », signe que la DSS travaille sur cette piste « depuis quelque temps ».

Le respect strict des recommandations de la HAS

« L’erreur derrière cette idée d’égalisation est de croire que notre conseil prévaut sur la recommandation de la Haute Autorité de santé (HAS) », continue-t-il. Les pharmaciens respectent strictement les indications : vaccination remboursée à partir de 65 ans, recommandation renforcée pour les plus de 75 ans en Ehpad, etc. « Ainsi, nous n’allons pas prescrire un vaccin amélioré à un patient qui n’entre pas dans la recommandation. C’est mal nous connaître », s’insurge-t-il.

Selon l’USPO, la mesure ne s’appliquerait pas à la campagne en cours mais pourrait entrer en vigueur dès la prochaine campagne.