Refonte du modèle économique officinal : la mission Igas-IGF ouvre la boîte noire des remises

© Getty Images - Shot of two businessmen walking and talking together in the lobby of an office building

Refonte du modèle économique officinal : la mission Igas-IGF ouvre la boîte noire des remises

Publié le 6 novembre 2025
Par Benjamin Roussel
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Auditionnés à quelques heures d’écart, l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine et la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France défendent, chacun avec sa méthode, une refonte de la rémunération des pharmaciens. Au cœur du chantier confié à la mission conjointe Igas-IGF : la dépendance aux remises commerciales, l’opacité de leur répartition et la recherche d’un modèle moins indexé sur les volumes de boîtes.

« Nous avons été auditionnés mercredi 5 novembre par la mission d’inspection composée de deux inspecteurs de l’Igas et deux de l’IGF », a indiqué Pierre-Olivier Variot, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), lors d’une conférence de presse le jeudi 6 novembre.
Cette mission fait suite à la suspension de la baisse programmée des remises commerciales. Sa feuille de route : analyser la rémunération et l’efficience de la chaîne de distribution pharmaceutique, du laboratoire à l’officine.

Un rapport attendu pour janvier 2026

Les échanges ont porté sur les mécanismes de remises et la formation des prix dans les différents circuits du médicament. « Les inspecteurs ne comprenaient pas la différence entre le calcul de l’État et celui des pharmaciens sur l’impact de la baisse des plafonds », rapporte Pierre-Olivier Variot.
Selon lui, l’administration s’appuie uniquement sur les conditions générales de vente, sans tenir compte des marges intermédiaires.

Après l’USPO, la mission a auditionné la Fédération des syndicats phaarmaceutiques (FSPF), avant de rencontrer les groupements et le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens. Le rapport final est attendu pour fin janvier 2026, avec un léger décalage par rapport au calendrier initial.

Vers une nouvelle architecture de la rémunération

« Les inspecteurs recherchent les points de fragilité du modèle actuel », précise Pierre-Olivier Variot. Parmi eux, l’euro à la boîte, devenu un maillon critique avec la politique de déprescription.
Plusieurs pistes sont sur la table : conversion partielle des remises génériques en honoraires, ou création d’un honoraire spécifique de substitution.
Mais l’USPO reste prudente : « Si on supprime les remises, il faudra que l’État compense à iso-rémunération, comme nous l’avait confirmé Catherine Vautrin, alors ministre de la Santé », rappelle son président.

Le syndicat défend un modèle fondé sur un socle de rémunération stable, assorti d’un mécanisme de croissance partagée : « Les économies générées doivent bénéficier à la fois à l’Assurance maladie et aux pharmacies, dans l’esprit défendu par le Premier ministre Sébastien Lecornu », souligne Pierre-Olivier Variot.

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Une idée ancienne, remise sur la table

La mission compte parmi ses membres Alain Morin, co-auteur du rapport Igas de 2011 sur les officines, qui prônait déjà une décorrélation entre prix et volumes.
« Il nous a dit que le rapport de l’époque avait été bien suivi, sauf sur ce point », confie le président de l’USPO. Cette fois, la réforme pourrait aller plus loin : de nouveaux honoraires pourraient être proposés pour refonder la rémunération des pharmaciens autour de la valeur ajoutée professionnelle plutôt que du nombre de boîtes délivrées. 

Un enjeu de transparence pour la FSPF

De son côté, Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), a insisté sur la nécessité de comprendre la répartition réelle de la valeur dans la chaîne du médicament. « Au premier round, nous avons fait connaissance et posé le débat. La question est de connaître la répartition de la valeur et comment cela se passe dans les pharmacies sur la rémunération actuelle, notamment sur le générique. »

Il rappelle que la libéralisation des prix décidée en 1986 a profondément modifié les équilibres économiques du réseau : avant cette réforme, « tous les produits étaient au même prix en pharmacie », et l’absence de négociation rendait inutile la création de groupements. « À partir du moment où il a fallu acheter, ça a été compliqué. Donc nous nous sommes regroupés pour avoir des conditions d’achat. Et avec l’arrivée du générique, nous avons perdu le fil même de la négociation », résume-t-il.

Cette perte de visibilité pèse aujourd’hui sur la compréhension du modèle économique officinal. « Même moi, je ne sais pas dire au global quelle est la rémunération de négociation des officines et des groupements. Je ne sais pas combien rapporte au réseau la négociation commerciale. Entre un milliard et trois milliards ? Je n’en ai pas une idée précise. »

L’enjeu de transparence est donc central pour la mission Igas-IGF. « L’objectif est de déterminer, clarifier et ensuite d’avoir des solutions pour l’avenir, pour le réseau », explique Philippe Besset. Les inspecteurs prévoient d’analyser les comptes d’un échantillon d’une dizaine d’officines pour remonter ensuite la chaîne de valeur, des pharmacies jusqu’aux laboratoires, afin d’évaluer la répartition réelle des marges.

« Quand on veut administrer le réseau, quand on veut essayer de le faire progresser, il faut qu’on ait cette transparence », insiste le président de la Fédération, tout en prévenant que « les groupements nous sont nécessaires, car sinon les pharmaciens n’auraient plus la main sur les négociations ».