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Patients captés, prescriptions fléchées : la colère des pharmaciens contre certains prestataires
Détournement de patientèle, démarchage dans les services hospitaliers, prescriptions préremplies, gaspillage de dispositifs médicaux… De nombreux pharmaciens dénoncent des pratiques attribuées à certains prestataires de santé à domicile, jugées contraires aux règles déontologiques et parfois à la légalité. Face à la multiplication des signalements, la profession réclame à l’Assurance maladie un encadrement plus strict de ces acteurs.
L’USPO se fait l’écho de dizaines de plaintes d’adhérents contre certains PSAD spécialisés dans la perfusion à domicile et leurs pratiques jugées peu professionnelles voire illégales : « Ces sociétés emploient des commerciaux qui écument les services hospitaliers, démarchant les patients et profitant de la surcharge de travail des soignants pour leur soumettre des prescriptions pré-rédigées », s’indigne Patrick Raimond, président de l’USPO dans les Bouches-du-Rhône.
Les pharmaciens poussés dans l’illégalité
Évoquées dès 2020 dans un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) sur les missions de ces prestataires, ces pratiques « d’entrisme » dans les établissements hospitaliers placent souvent les pharmaciens dans l’illégalité : « En attendant la validation de leurs prescriptions pré-rédigées, ces prestataires nous demandent d’avancer les produits injectables. Les pharmaciens sont pris en otage », déplore le syndicaliste.
Des patients captés à l’hôpital
L’USPO constate également des détournements de patientèle par certains prestataires. « Les pharmaciens voient rarement passer des ordonnances d’aérosols, les patients étant directement orientés vers les prestataires spécialisés », dénonce Patrick Raimond. L’Inspection générale des affaires sociales recommande d’ailleurs de mieux encadrer les liens entre hôpitaux et prestataires. « Même pour les machines à pression positive continue dans l’apnée du sommeil, malgré l’élargissement des prescripteurs, les pharmaciens restent marginaux », observe Fabrice Camaioni, vice-président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France.
Une politique commerciale agressive, contraire à l’esprit du soin
Si le manque à gagner pour les officines de ces pratiques n’a pas encore été évalué, l’USPO constate que le budget alloué aux PSDM par la Cnam est « en constante augmentation. Il représente aujourd’hui 4,7 milliards d’euros par an. La rentabilité de ces sociétés est souvent très importante. Pour faire des économies, la Cnam devrait songer à regarder du côté des prestataires », assure Patrick Raimond. Son syndicat entend sensibiliser sur ce sujet « au plus haut niveau. « Nous recensons les plaintes, faisons des signalements aux caisses et proposerons à l’Assurance maladie un meilleur encadrement de la dispensation des dispositifs médicaux concernés », indique le syndicat.
L’inertie des pouvoirs publics
À la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), l’exaspération est la même. « J’ai retrouvé chez un patient décédé 81 bandes de compression facturées 1 500 euros. Ces gabegies sont fréquentes », déplore Fabrice Camaioni. Le syndicat a alerté la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, les caisses primaires d’assurance maladie, la Caisse nationale de l’assurance maladie et le Comité économique des produits de santé, sans résultat à ce stade.
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