Honoraires pour 2025 : mais combien manque-t-il vraiment dans la caisse ?

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Honoraires pour 2025 : mais combien manque-t-il vraiment dans la caisse ?

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Publié le 11 décembre 2025 | modifié le 12 décembre 2025
Par Christelle Pangrazzi et Benjamin Roussel
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Un écart de 118 M€ par rapport aux prévisions économiques pour l’officine ou seulement 28 M€ ? Les analyses des syndicats divergent mais le manque à gagner est réel.

Lors de la commission paritaire nationale du 10 décembre, Pierre-Olivier Variot, président de l’Union de syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), a présenté un premier atterrissage pour 2025 nettement inférieur aux attentes. « Si l’on prolonge la tendance des six premiers mois de 2025, le manque à gagner atteint 118 millions d’euros par rapport au prévisionnel fixé dans l’avenant 1 à la convention nationale pharmaceutique. » La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) parvient à un résultat très différent. « Nous trouvons un delta d’environ 28 millions d’euros, et non 118 millions. L’écart provient d’abord des sources utilisées », explique Julien Chauvin, directeur général adjoint.

L’USPO s’appuie sur les données consolidées de l’Observatoire des honoraires au 31 octobre, tandis que la FSPF se fonde sur les données d’Iqvia, systématiquement rapprochées de celles de la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam) dans le cadre de l’Observatoire de l’économie de l’officine. « Sur une masse annuelle de près de 6 milliards d’euros, 60 millions représentent environ 1 %. Les différences peuvent venir des paiements décalés, des rejets comptabilisés plus tard ou de la présentation hors taxes versus prix public. Ce sont des variations techniques. »

Une croissance solide de la marge dégressive lissée et une chute marquée des honoraires de dispensation

Si les syndicats n’aboutissent pas au même montant, leurs analyses convergent sur la dynamique des différentes composantes de rémunération.

La marge dégressive lissée (MDL), indexée sur le prix fabricant hors taxes, affiche une croissance robuste. « Au 31 octobre, la MDL progresse de plus de 75 millions d’euros, conforme à la cible de +4,5 % à +5 % », indique Julien Chauvin. En revanche, les honoraires de dispensation (HD) reculent nettement sous l’effet de la déprescription. La baisse est marquée sur :
– les antalgiques de palier 2,
– le paracétamol,
– les antibiotiques.

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« Les volumes chutent réellement. Sans la revalorisation de l’honoraire de dispensation renforcé (HDR), nous serions en territoire négatif. L’érosion des HD s’accélère en 2025. »

Les médicaments onéreux, un double mouvement : croissance du chiffre d’affaires et exposition aux indus

Les médicaments chers continuent de peser dans la structure de rémunération. « Le top 10 dépasse désormais les 1 000 euros l’unité, pour plus de 4 milliards d’euros de valorisation. Même plafonnée à un forfait de 97 euros au-delà de 1 930 euros de prix fabricant hors taxes, la rémunération reste significative : une seule boîte représente l’équivalent d’environ 15 vaccinations », souligne Julien Chauvin. Cette dynamique soutient la MDL, mais renforce aussi le risque financier lié aux indus.

« Le modèle touche à ses limites : sans révision, 2026 sera difficile »

Pour la FSPF, le problème n’est pas seulement la divergence de chiffres. « Nous sommes au bout du modèle fondé principalement sur les honoraires de dispensation. Si la baisse des volumes se poursuit et que l’effet de la hausse du HDR disparaît, la croissance disparaîtra elle aussi », prévient Julien Chauvin. Il rappelle que la déprescription représente déjà 50 millions de boîtes remboursées en moins en 2025, soit plus de 90 millions d’euros d’économies pour la Cnam.
« L’enjeu est de récupérer une partie de ces économies pour financer un honoraire à l’ordonnance ou un honoraire d’intervention pharmaceutique, afin de sécuriser la rémunération des officines. »

Une pression salariale sans précédent : +160 millions d’euros

À cette équation déjà fragilisée s’ajoute l’impact de la nouvelle grille salariale du 1er novembre 2025. « Nos collaborateurs vont coûter 160 millions d’euros de plus que l’an dernier, alerte Pierre-Olivier Variot. Certains confrères commencent à souffrir. Un avenant 2 devient indispensable pour sécuriser l’année 2026. »

La prudence reste de mise : la trajectoire peut encore évoluer

Pour Julien Chauvin, le verdict doit attendre les données consolidées. « Septembre et octobre sont de bons mois, portés par 800 000 vaccinations du rappel adulte. Mais novembre et décembre peuvent modifier l’atterrissage. Seul l’Observatoire de l’économie de l’officine, attendu au printemps 2026, permettra de trancher. »

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