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Biosimilaires, remises, appels d’offres : quels sont les points de crispation pour les pharmaciens sur le budget de 2026 ?

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Biosimilaires, remises, appels d’offres : quels sont les points de crispation pour les pharmaciens sur le budget de 2026 ?

Publié le 21 octobre 2025 | modifié le 23 octobre 2025
Par Christelle Pangrazzi
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Les syndicats montent au créneau contre le PLFSS pour 2026, qu’ils jugent économiquement intenable pour l’officine. Plafonds de remises, encadrement du « non substituable », alignement des prix des biosimilaires, appels d’offres publics, franchises doublées : les amendements s’accumulent pour tenter de modifier un texte dangereux.

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 fixe l’objectif national des dépenses de l’Assurance maladie (Ondam) à une progression limitée à 1,6 %, alors que les dépenses de santé progressent de plus de 4 % par an. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement table sur 7,1 milliards d’euros d’économies, dont une large part sur le médicament.

« Voter un Ondam aussi bas, c’est voter un objectif intenable. On sait déjà qu’un comité d’alerte interviendra au printemps », prévient Fabrice Camaioni, vice-président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF). Les syndicats considèrent que la profession sera de nouveau en première ligne pour absorber ces coupes.

Remises : vers un plafond unique à 40 %

La question des remises commerciales est au cœur du débat. Pour les génériques, les syndicats demandent d’inscrire directement dans la loi un plafond fixé à 40 %. « Nous voulons supprimer l’arbitraire des arrêtés successifs et figer la règle dans la loi pour ne plus subir ce qui s’est passé cette année », expliquent Pierre-Olivier Variot, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) et Guillaume Racle, élu au bureau national du syndicat.

La FSPF partage cette ligne. « Le plafond de 40 % ainsi fixé nous donnerait le temps de retravailler sur le modèle de rémunération de l’officine, plutôt que de subir des décisions à trois mois d’échéance », insiste Fabrice Camaioni.

Biosimilaires : substitution, prix et délai d’alignement

Les syndicats veulent également renforcer la prescription en dénomination commune internationale (DCI) et encadrer strictement la mention « non substituable » (NS).

Pour l’USPO, la priorité est d’imposer la DCI dans les logiciels de prescription. « La DCI doit devenir obligatoire et systématiquement intégrée dans les logiciels. C’est le seul moyen d’ancrer la substitution dans la pratique quotidienne », défend Guillaume Racle.

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Concernant le « NS », l’USPO plaide pour une limitation maximale. « Idéalement, il faudrait supprimer le NS. C’est une barrière artificielle qui bloque la substitution et entretient des coûts injustifiés », ajoute-t-il.

La FSPF, plus prudente, refuse une suppression pure et simple. « Le non substituable médicalement justifié doit rester possible. Sinon, en cas d’incident, la responsabilité retombera intégralement sur le pharmacien », rappelle Fabrice Camaioni. Le syndicat appelle toutefois à un contrôle renforcé de l’usage du NS par les prescripteurs, pour éviter les abus.

Franchises : la ligne rouge des syndicats

Le doublement des franchises médicales est l’une des mesures les plus contestées. Pour la FSPF, la hausse et surtout la collecte au comptoir sont inacceptables.

« Les personnes âgées polypathologiques vont se retrouver avec un reste à charge disproportionné. Nous parlons de patients à 900 ou 1 000 euros de retraite, qui paient déjà 150 à 180 euros par mois de mutuelle. Leur demander jusqu’à 100 euros supplémentaires de franchises par an, c’est une double peine », dénonce Fabrice Camaioni.

Le syndicat redoute des conséquences directes sur l’observance : « Les patients feront un tri entre leurs médicaments. Les traitements de fond contre l’asthme ou le cholestérol seront les premiers sacrifiés, car ils ne procurent pas d’effet immédiat. C’est une mesure contreproductive. »

L’USPO partage ces inquiétudes. « Ces franchises vont générer du renoncement aux soins. On va pousser des patients à retarder ou à abandonner leurs traitements, avec un effet boomerang sur les hospitalisations », alerte Pierre-Olivier Variot. Le président du syndicat critique aussi l’angle choisi par le gouvernement : « Plutôt que de pénaliser les malades, il faudrait agir sur les comportements à risque, l’alcool, le tabac, l’alimentation. »

Sur la collecte par les pharmaciens, la position est claire et commune aux deux syndicats : ce serait une ligne rouge. « Les pharmaciens n’ont pas vocation à réclamer 20 ou 30 euros au comptoir. Cela va fracturer la relation de confiance avec les patients », insiste Pierre-Olivier Variot.

Appels d’offres publics : une « fausse bonne idée »

Le PLFSS rouvre la porte aux appels d’offres sur certaines classes de médicaments. Concrètement, l’Assurance maladie pourrait sélectionner un ou deux médicaments remboursés dans une même catégorie, au détriment des autres.

Pour les syndicats, le dispositif est explosif. « C’est une ligne rouge absolue. Les appels d’offres supprimeraient toute remise et fragiliseraient la rémunération officinale », alerte Fabrice Camaioni.

Au-delà de l’impact économique, les pharmaciens dénoncent une menace pour l’industrie française et européenne. « Si l’État choisit le moins-disant, le paracétamol indien à 0,29 € l’emportera toujours face au paracétamol français à 0,69 €. On détruit la valeur, l’emploi et la souveraineté », insiste Pierre-Olivier Variot.

Médicaments non utilisés : oui en PUI, non en officine

L’expérimentation de réutilisation des médicaments non utilisés (MNU) en pharmacie hospitalière suscite aussi des inquiétudes. Les syndicats redoutent qu’elle soit élargie demain à l’officine.

L’USPO y met un veto clair : « Qu’un médicament reste dans le circuit hospitalier, sécurisé et contrôlé, pourquoi pas. Mais une fois qu’il est sorti et stocké chez le patient, c’est une autre histoire. Les risques sanitaires et les risques de falsification sont énormes, surtout pour des traitements à 60 000 euros la boîte », avertit Pierre-Olivier Variot.

La FSPF partage cette opposition. « Les cartons Cyclamed contiennent de tout, y compris parfois des aiguilles. Nous disons depuis toujours aux pharmaciens de ne pas trier ces sacs. L’idée de réutiliser ces produits est une fausse bonne idée, dangereuse pour les patients comme pour les équipes », rappelle Fabrice Camaioni.

Données en vie réelle : l’expérience Promptime divise

L’USPO avance une proposition : expérimenter un recueil de données en vie réelle, réalisé par les pharmaciens lors de la dispensation de médicaments innovants coûteux.

« Nous voyons passer des patients traités par des médicaments à plusieurs milliers d’euros la boîte, sans qu’aucune donnée d’usage ne soit réellement collectée », observe Pierre-Olivier Variot. Le syndicat plaide pour que l’officine contribue à mesurer l’efficacité perçue de ces traitements, via des questionnaires simples renseignés auprès des patients.

Cette expérimentation s’inspire du projet Promptime Cataract, mené dans la région nantaise, où les pharmaciens interrogeaient les patients opérés de la cataracte sur leurs capacités visuelles post-opératoires. Les données recueillies avaient permis d’éclairer les autorités sur les pratiques chirurgicales et la performance des implants.

Selon l’USPO, un tel dispositif pourrait être transposé aux traitements innovants, à condition qu’il soit indemnisé – de l’ordre de 100 à 200 € par collecte – et intégré dans un cadre national. Objectif affiché : sortir du « tout paiement à l’acte » et développer une évaluation fondée sur les résultats en vie réelle.

Un climat de confrontation durable

Avec un Ondam jugé irréaliste et des mesures perçues comme hostiles à l’économie officinale, les syndicats préviennent que le climat social restera tendu. « Si rien ne bouge, les officines vont souffrir de plein fouet. Nous ne pouvons pas accepter un PLFSS qui fragilise à ce point le maillage territorial », conclut Pierre-Olivier Variot.

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