Protoxyde d’azote : impliquer les pharmaciens dans le repérage des signes de consommation

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Protoxyde d’azote : impliquer les pharmaciens dans le repérage des signes de consommation

Publié le 12 janvier 2026
Par Ophélie Milert
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Au cœur de l’actualité, les usages détournés du protoxyde d’azote, dit gaz hilarant, sont un fléau sanitaire, impliquant des conséquences dramatiques allant jusqu’au décès des utilisateurs. L’Académie de pharmacie sonne l’alarme et précise le rôle attendu des pharmaciens dans l’information du public et la détection des signes de consommation à risque.

L’Académie nationale de pharmacie a publié ce 9 janvier 2026 un communiqué consacré aux risques sanitaires liés aux usages détournés du protoxyde d’azote (N₂O). Elle y souligne une augmentation nette de ces usages depuis plusieurs années, en particulier chez les adolescents et les jeunes adultes, malgré l’interdiction de la vente aux mineurs instaurée en 2021. Le protoxyde d’azote, aussi appelé « gaz hilarant » ou « proto », est un gaz incolore utilisé légalement dans le milieu médical pour ses propriétés anesthésiques et analgésiques. Il est également employé comme additif alimentaire (E942), comme dans les cartouches pour siphon à chantilly. Son usage détourné entraîne des problèmes de santé graves voire mortels.

Risques toxicologiques majeurs

Le protoxyde d’azote inactive la vitamine B12, provoquant des atteintes neurologiques centrales et périphériques, parfois irréversibles, et des troubles psychiatriques.

Il existe aussi d’autres complications comme des anomalies hématologiques, des événements thromboemboliques, des épisodes d’hypoxie aiguë fatale et une dépendance psychologique. De plus des anomalies d’imagerie cérébrale fonctionnelle ont été décrites.

Il expose les femmes en âge de procréer à des risques tératogènes et fœtotoxiques liés à des perturbations de la synthèse de l’ADN.

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Contexte législatif insuffisant

Inscrit sur la liste I des substances vénéneuses depuis 2021, aucun seuil d’innocuité n’existe pour un usage récréatif. La proposition de loi du 29 janvier 2025 restreint désormais la vente aux professionnels identifiés, un durcissement salué par l’Académie. Pourtant, la disponibilité en ligne et le faible coût persistent.

Nécessité d’une prévention renforcée

Face à l’ampleur du phénomène, l’Académie recommande une information claire et homogène sur les risques sanitaires, prioritairement pour les jeunes, et l’abandon de terminologie banalisante comme « gaz hilarant » dans les supports institutionnels, éducatifs et médiatiques.

Elle préconise l’intégration du monoxyde d’azote dans les actions de prévention des conduites addictives, le repérage précoce des consommations répétées avec orientation médicale, la sensibilisation des professionnels de santé, notamment pharmaciens, aux signes cliniques d’exposition chronique ou excessive, et l’encouragement de recherches de marqueurs pour mieux objectiver l’exposition.

Principaux risques liés à la prise de protoxyde d’azote

En cas de prise ponctuelle :

– vertiges, étourdissements et désorientation : augmentant le risque de chutes et d’accidents ;

– hypoxie et perte de connaissance : le manque d’oxygène peut causer des convulsions, un arrêt respiratoire voire une asphyxie ;

– brûlures par le froid : notamment gelures au niveau de l’oropharynx et brûlures cutanées.

Complications à long terme (en cas de consommation importante) :

– troubles neurologiques graves : paresthésies, perte d’équilibre, difficultés motrices, pouvant mener à la paraplégie avec fuites urinaires/fécales ou troubles sexuels ;

– complications vasculaires : thromboses veineuses ou artérielles ;

– complications psychiatriques (anxiété, dépression) et/ou cognitives (ralentissement idéomoteur, troubles de la mémoire) ;

– addiction et perte de contrôle.

Sources : Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes ; Drogues-info-service.fr​​