Vendre et acheter des médicaments n’importe où : ces risques auxquels on ne pense pas

© Getty Images - vente internet frauduleuse vinted leboncoin

Vendre et acheter des médicaments n’importe où : ces risques auxquels on ne pense pas

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Publié le 27 avril 2026 | modifié le 28 avril 2026
Par Emmanuelle Serrano
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Sur internet et les réseaux sociaux, les publicités et offres de ventes de médicaments, dont certains soumis à prescription médicale obligatoire (PMO), se multiplient. Dernier exemple en date : des antalgiques, antiépileptiques ou antiasthmatiques ont été proposés illégalement sur Vinted, application initialement conçue pour la vente d’objets d’occasion. Ce faisant, vendeurs et acheteurs prennent des risques.

Pas cher mon Tramadol, mon Rivotril ou mon Edex… On serait tenté d’imiter les commerçants du marché du dimanche matin quand des médicaments,  accessibles uniquement sur prescription médicale, se retrouvent vendus en ligne sur des plateformes comme Vinted ou Leboncoin. En France, « la pharmacie en ligne représente à peu près 2 % du marché total et 3 % si on ajoute Amazon, donc cela reste relativement confidentiel », déclarait Paul Reynolds, expert chez Iqvia France, cabinet d’analyse de données de santé, lors de la publication d’une étude de marché le 22 mai 2025. De fait, sur les 19 470 pharmacies recensées en métropole en 2025, seules 861 d’entre elles sont référencées sur le site de l’Ordre des pharmaciens comme ayant une activité de vente en ligne de médicaments à prescription médicale facultative.

Plusieurs angles de surveillance : les textes qui comptent

La vente en ligne des médicaments est de fait encadrée par les articles L.5125-33 et suivants du code de la santé publique. Elle n’est autorisée que pour les médicaments non soumis à prescription obligatoire. De plus, le site de vente en ligne doit être adossé à une officine de pharmacie physique. Petite nouveauté : au 30 avril, c’est un régime de déclaration préalable qui se substituera au régime d’autorisation applicable jusqu’à présent pour le commerce électronique de médicament. L’arrêté du 28 novembre 2016 relatif aux bonnes pratiques de dispensation des médicaments par voie électronique, précise les obligations techniques et sanitaires des sites internet (identification du pharmacien, conseils, sécurisation du site, etc.). Quant au Code de la consommation, il encadre les règles sur la vente à distance (information du consommateur, droit de rétractation — avec exceptions pour les produits de santé).

Différentes vigies à l’affût

La faible appétence des officinaux pour l’e-commerce n’empêche pas les plateformes et applications digitales de vouloir s’ouvrir un boulevard de façon plus ou moins légale dans ce secteur. Les autorités compétentes en matière de réglementation de l’e-commerce portant sur des médicaments, qu’il s’agisse du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens (Cnop), de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) ou de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), sont d’ailleurs rompues à l’exercice de la chasse à l’infraction de la part de ces acteurs.

Des dangers sanitaires en plus d’irrégularités commerciales

L’automne passé, l’ANSM avait ainsi tiré la sonnette d’alarme – et agi – contre la vente illégale en ligne de produits présentés comme contenant des agonistes du GLP-1 (aGLP-1).

Utilisés notamment contre le diabète et l’obésité, ces médicaments (Ozempic, Wegovy), sont strictement soumis à prescription médicale. Ils ne peuvent en aucun cas être vendus sur internet, y compris par des pharmacies autorisées. Des contrôles avaient révélé que certains produits vendus en ligne, notamment des patchs, ne contenaient pas les substances annoncées. Ils étaient frauduleux avec un risque pour la santé.

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Des dossiers déjà bien fournis devant la justice

Face à ces pratiques, l’ANSM avait identifié plusieurs sites illégaux et engagé des mesures de police sanitaire. Le procureur de la République avait été saisi du dossier en vertu de l’article 40 du Code de procédure pénale. Des signalements sur Pharos, le portail du ministère de l’Intérieur permettant de notifier des contenus et comportements illicites de l’internet, avaient également été réalisés par l’ANSM. Les sites marchands, créés par les sociétés Hamjouy Limited et Zongest Limited, avaient été invités à retirer rapidement les produits. À peu près à la même époque, c’est le tribunal de Paris qui avait condamné la start-up Livmed’s pour avoir permis la vente en ligne de médicaments soumis à PMO. Cette décision de justice répondait à la plainte déposée par le Conseil national de l’ordre des pharmaciens (Cnop) en conflit ouvert avec la start-up depuis 2023. Le Cnop reprochait à l’entreprise l’exercice du commerce électronique de médicaments en l’absence de qualité de pharmacien.

Autres retombées qu’il ne faut pas sous-estimer

Selon l’OMS, un patient a 90 % de risque d’être « trompé » en achetant des médicaments sur Internet dont environ 50 % de risque de tomber sur un médicament falsifié. Outre les risques sanitaires que les consommateurs en ligne courent en achetant des médicaments auprès de distributeurs non agréés, il est bon de rappeler que des médicaments obtenus par des voies illégales ne donneront évidemment lieu à aucun remboursement de la part de l’Assurance maladie ! De plus, en cas de problème avec le médicament obtenu, les possibilités de recours sont souvent très limitées, voire inexistantes, les revendeurs illégaux se trouvent très fréquemment à l’étranger. Sans oublier le fait que d’éventuelles sanctions douanières sont à prévoir en cas d’importation illicite.

A contrario, les consommateurs victimes ou témoins d’escroqueries sur internet ou qui constateraient l’existence d’un site non autorisé proposant des médicaments falsifiés ou contrefaits, peuvent signaler l’infraction en ligne ou déposer une plainte sur la plateforme de signalement et de dépôt de plainte en ligne Thesee (pour Traitement harmonisé des enquêtes et signalements pour les e-escroqueries). À l’occasion de la journée mondiale de la santé, le 7 avril 2026, la DGCCRF avait rappelé dans une note que seuls les médicaments non soumis à prescription médicale obligatoire et les dispositifs médicaux peuvent être légalement vendus sur internet. « Les consommateurs sont invités à bien vérifier l’identité du vendeur et les caractéristiques essentielles des produits », recommandait le gendarme de la consommation.

Un phénomène qui ne connaît pas de frontières

En novembre 2025, deux personnes au Royaume-Uni ont été reconnues coupables d’avoir importé illégalement des médicaments soumis à prescription, puis de les revendre en ligne via une plateforme de seconde main comme Vinted. Les produits étaient proposés et expédiés directement aux acheteurs, sans vérification médicale ni ordonnance. L’enquête a révélé que les médicaments provenaient de l’étranger et échappaient aux circuits pharmaceutiques réglementés.

Le tribunal a considéré que cette activité constituait une infraction pénale, soulignant les risques liés à l’absence de contrôle sur l’authenticité, la qualité et les conditions de conservation des produits.

Les prévenus ont été condamnés pour importation et vente illégales de médicaments.

Autre exemple, à la suite d’une enquête menée par l’unité cyber de la South East Regional Organised Crime Unit (SEROCU), quatre hommes ayant conspiré pour fournir des substances chimiques de classes A (cocaïne, ecstasy, héroïne, le LSD), B (codéine, amphétamines et barbituriques) et C (stéroïdes anabolisants, tranquillisants mineurs, GHB, etc.) ont été condamnés à un total de plus de 47 ans de prison, le 12 décembre 2025. Ils écoulaient ces médicaments, y compris des comprimés pharmaceutiques contrefaits, sur des marchés du dark web à travers le Royaume-Uni.

Le groupe opérait sous le nom SocialPharma, une « pharmacie » en ligne vendant diverses substances contrôlées. Leur activité principale consistait à vendre des comprimés pharmaceutiques contrefaits, dont la composition était inconnue et potentiellement mortelle. Ces produits étaient vendus via Telegram et plusieurs comptes sur le dark web.