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- 4/5 – Conseils associés : Accompagner le patient atteint de RGO

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4/5 – Conseils associés : Accompagner le patient atteint de RGO
Afin de retrouver une qualité de vie satisfaisante, le patient doit avoir une bonne compréhension de la gestion de son traitement. La connaissance des mesures hygiénodiététiques est également nécessaire pour réduire la survenue des symptômes.
Le RGO vu par les patients
Impact sur le quotidien
Les douleurs ou la gêne chroniques générées par le reflux sont source de stress qui altère la qualité de vie. L’appréhension qui en découle peut amener les patients à modifier leur alimentation, ce qui peut être vécu comme une contrainte sociale.
Impact sur le sommeil
Les remontées acides sont plus fréquentes en position allongée et peuvent affecter le sommeil. La mauvaise qualité de sommeil engendre de la fatigue chronique retentissant sur la vie professionnelle et personnelle.
À dire aux patients
À propos de la maladie
Expliquer. Le reflux (remontée du contenu acide de l’estomac vers l’œsophage) est un phénomène physiologique s’il est bref, peu ou non douloureux, occasionnel en période postprandial. Il devient pathologique dès lors qu’il induit des symptômes gênants et fréquents, altérant la qualité de vie et/ou qu’il cause des lésions de la muqueuse œsophagienne. Il n’y a pas de lien entre la sévérité des symptômes et la présence de lésions à la gastroscopie. Certains signes nécessitent de consulter rapidement un médecin : début des symptômes après 50 ans, perte de poids inexpliquée, difficultés à avaler (dysphagie). Des récidives fréquentes malgré un traitement bien conduit, des brûlures gastriques (sans remontées acides) ou une toux chronique doivent également amener à consulter.
Limiter les facteurs favorisants. Les mesures ayant le plus d’impact sont la diminution de la pression intra-abdominale, notamment par la perte de poids, le respect d’un intervalle de 2 à 3 heures entre le dîner et le coucher (laissant le temps d’une vidange gastrique suffisante) et des mesures posturales dont le couchage sur le côté gauche ou en position proclive (surélévation de la tête de lit de 10 à 15 cm). La diminution ou l’arrêt du tabac sont recommandés : les mécanismes potentiels sont imparfaitement connus mais plusieurs études confirment l’association entre tabagisme et RGO. Concernant la perte de poids, celle-ci est bénéfique même en cas de surpoids léger. Indépendamment de l’apport calorique, une alimentation riche en graisses (qui ralentissent la vidange gastrique) est plus souvent associée à un risque de RGO. Une consommation excessive de thé, café, boissons gazeuses ou alcoolisées peut aussi contribuer à l’apparition des symptômes. L’impact d’autres aliments perçus comme acides ou fréquemment incriminés dans l’apparition des symptômes (épices, tomate, chocolat, etc.) n’est pas clair. Sans imposer d’exclusion systématique d’aliments, il est proposé au patient de réduire les aliments identifiés comme « déclencheurs ». Concernant la réduction de la pression abdominale, il est également préconisé d’éviter le port de vêtements serrés à la taille et de lutter contre la constipation. Il est par ailleurs conseillé d’éviter de pratiquer une activité physique intense ou « allongée » juste après le repas (natation, par exemple). En revanche, en dehors de cette période, l’exercice physique est encouragé car il renforce la musculature abdominale et aide à lutter contre un surpoids.
Ces mesures sont particulièrement importantes en cas de traitement intermittent ou en relais des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP).
Rechercher des médicaments responsables. Certains médicaments peuvent déclencher ou aggraver un RGO en limitant la tonicité du sphincter inférieur de l’œsophage : théophylline, inhibiteurs calciques, dérivés nitrés, anticholinergiques, par exemple. D’autres peuvent être irritants pour la muqueuse œsophagienne si les conseils d’administration ne sont pas respectés (comme les anti-inflammatoires non stéroïdiens – AINS, les bisphosphonates, les cyclines).
Chez les nourrissons. Rassurer : en l’absence de signes d’alerte (retard de croissance pondérale, refus de s’alimenter, etc.), un RGO a une résolution spontanée vers 1 an. Il est recommandé de maintenir le nourrisson en position verticale pendant 20 à 30 minutes après les repas et de fractionner ces derniers. Si cela ne suffit pas, les préparations « formule épaissie » puis, si besoin, les poudres épaississantes ou les formules AR (« antirégurgitations ») sont recommandées. Concernant le couchage, seul le positionnement à plat sur le dos sans élévation de la tête est recommandé, afin de prévenir la mort inattendue du nourrisson.
En savoir plus
Société nationale française de gastro-entérologie (SNFGE) – Des fiches récapitulatives à destination des patients (ou des professionnels de santé) informent sur la maladie, sa prise en charge et les examens médicaux.
Association française de formation médicale continue en hépato-gastro-entérologie – Des articles de formation permettent de faire le point sur le mode d’action des IPP, leurs effets indésirables, les conseils hygiénodiététiques notamment.
Assurance maladie – Deux dossiers complets sont disponibles, à destination du public, l’un sur le RGO de l’adulte, l’autre sur le RGO du nourrisson.
À propos du traitement
Antiacides et alginates. Rappeler leur moment de prise : pour les antiacides, au moment des symptômes ou 1 heure après les repas environ – la sécrétion acide est alors maximale ; pour les alginates, juste après le repas. Antiacides et alginates peuvent également être pris au coucher. Insister sur le respect d’un intervalle d’au moins 2 heures avec d’autres médicaments ou solutions non médicamenteuses.
Inhibiteurs de la pompe à protons (IPP). Expliquer que leur efficacité est progressive et peut nécessiter un délai de 3 à 5 jours pour être optimale. Une prise le matin à jeun, environ 30 minutes avant le petit-déjeuner, est conseillée. Il est néanmoins possible de prendre l’IPP avant le repas du soir, surtout en cas de symptômes nocturnes gênants. Ces modalités de prise doivent être vérifiées avant de conclure à leur inefficacité et d’augmenter les doses avec l’accord du prescripteur, voire de changer de molécule. Rassurer sur les effets indésirables : bénins et généralement passagers ; les plus graves sont rares et surviennent lors de traitements au long cours pris durant plusieurs mois, d’où la recherche de la dose minimale efficace dans cette situation. Un effet rebond est possible lors de l’arrêt brutal d’un traitement de plusieurs semaines (au moins 1 à 2 mois généralement) : une diminution progressive des doses peut être conseillée et/ou l’utilisation en relais de topiques gastro-intestinaux et l’adoption de règles hygiénodiététiques.
Question de patient
« J’ai entendu qu’un traitement par IPP pouvait entraîner des infections intestinales et un cancer… Est-ce exact ? »
En cas de prise prolongée des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), seule la survenue d’infections intestinales a été établie avec un bon niveau de preuve. Certaines études observationnelles retrouvent une association entre les IPP et d’autres effets indésirables comme un risque de cancer gastrique, surtout chez les patients infectés par Helicobacter pylori non traités ou avec des fractures osseuses. Néanmoins, leur imputabilité n’est pas clairement démontrée1.
1 « Rapport d’évaluation des inhibiteurs de la pompe à protons (spécialités et génériques) », Haute Autorité de santé (HAS), 2020.
Nourrissons. La suspension buvable Gaviscon Nourrissons doit être donnée après le repas et non mélangée au lait ou aux aliments. Les gélules d’oméprazole 10 mg doivent être ouvertes et les granulés gastrorésistants mélangés à une compote, un jus de fruit ou de l’eau non gazeuse.
L’essentiel
- Pathologie chronique, fluctuant avec le temps, le RGO est généralement bénin. Les mesures hygiénodiététiques permettent d’atténuer, voire de supprimer les symptômes. Elles sont particulièrement importantes en association aux traitements topiques ou en relais des IPP : en particulier, réduire une surcharge pondérale (limiter les quantités et les graisses), ne pas s’allonger les 3 heures suivant un repas, surélever la tête du lit.
- Les IPP sont très efficaces et bien tolérés en traitement court ou à la demande, et/ou selon le bénéfice/risque à la dose minimale efficace.
- Chez le nourrisson, il est indispensable de rassurer les parents dès lors que des signes d’alerte sont écartés et d’expliquer l’importance des conseils hygiénodiététiques qui limitent les régurgitations en attendant leur disparition avec le temps.
Avec l’aimable collaboration du Dr Antoine Rouxel, médecin généraliste à Vigneux-sur-Seine (Essonne) et du Dr Isaac Ruiz, hépatologue, Centre hospitalier de l’Université de Montréal (Canada).
Article issu du cahier Formation n°3566, paru le 14 juin 2025

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