4/6 – Interactions : les antipsychotiques sous surveillance

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4/6 – Interactions : les antipsychotiques sous surveillance

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Publié le 20 mars 2026
Par Florence Piussan
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Les antipsychotiques agissant au niveau central et périphériques peuvent être associés à de nombreuses interactions. Les propriétés anticholinergiques de certains d’entre eux ou le risque d’allongement de l’intervalle QT, par exemple, doivent particulièrement attirer l’attention lors de la délivrance. Les deux cas suivants permettent de mieux appréhender ces situations à risque.

Une mauvaise idée !

Antonio V., 35 ans, est traité pour une schizophrénie résistante par LÉVOMÉPROMAZINE (Nozinan) associé à de la TRIHEXYPHÉNIDYLE (Artane). Sa mère lui a donné une boîte de Fervex hier soir car il est très enrhumé. Ce matin, il vient solliciter l’avis du pharmacien avant de le prendre.

Analyse du cas

Le traitement de M. V. comporte deux molécules à composante anticholinergique : la lévomépromazine (antipsychotique sédatif) et le trihexyphénidyle (prescrit pour prévenir les effets extrapyramidaux de la lévomépromazine). Or, la spécialité Fervex contient de la phéniramine, un antihistaminique H1 de première génération ayant également une propriété anticholinergique. L’association d’anticholinergiques doit prendre en compte le risque de syndrome atropinique par addition d’effets indésirables de même nature. Ces effets peuvent être périphériques (rétention urinaire, constipation, troubles visuels, tachycardie, sécheresse buccale, etc.) et/ou centraux si les molécules passent la barrière hématoencéphalique (confusion, agitation, hallucinations, désorientation spatiotemporelle par exemple). Chez les patients schizophrènes, ils peuvent avoir un impact négatif sur les apprentissages, la mémoire et majorer les troubles cognitifs préexistants. Le calculateur de charge anticholinergique disponible sur le site de l’observatoire des médicaments, des dispositifs médicaux et des innovations thérapeutiques Pays de la Loire, permet d’évaluer la charge anticholinergique de la prescription. Celle-ci est considérée comme élevée si le score est supérieur ou égal à 4 pour la charge anticholinergique centrale et si le score est supérieur à 5 pour la charge périphérique. Les scores donnés par le calculateur sont initialement de 5 pour la charge centrale et de 5 pour la charge périphérique, soit une charge modérée. L’ajout de phéniramine fait monter ces scores respectivement à 5 et 8, ce qui signe une charge anticholinergique périphérique élevée.

Attitude à adopter

Le pharmacien explique à M. V. que la prise de Fervex associée à son traitement peut majorer le risque de survenue de certains effets indésirables et qu’il a bien fait de demander conseil avant de s’automédicamenter. Il conseille du paracétamol seul et un spray d’eau de mer hypertonique.

À retenir : de nombreux antipsychotiques dont la lévomépromazine ont une composante anticholinergique qui doit être prise en compte lors de l’association à d’autres médicaments anticholinergiques afin de limiter les effets atropiniques.

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Une association dangereuse

En vacances à la montagne, M. K. apporte à la pharmacie une ordonnance d’HYDROXYZINE 25 mg (Atarax) : un demi-comprimé le matin et un demi au coucher pendant 7 jours pour son fils Titouan, 10 ans, traité pour une urticaire. Il précise ne pas avoir mentionné au médecin que Titouan était traité par TIAPRIDE (Tiapridal) pour des tics sévères liés à un syndrome de la Tourette et demande si l’association peut poser un problème.

Analyse du cas

Le tiapride, parfois prescrit par certains spécialistes en seconde intention dans le traitement des tics, et l’hydroxyzine sont deux molécules susceptibles d’allonger l’intervalle QT à l’électrocardiogramme (ECG). Cet allongement survient à la suite d’un blocage des canaux potassiques des cellules myocardiques prolongeant la repolarisation des ventricules. Généralement asymptomatique, il constitue cependant un facteur de risque de survenue de torsade de pointe, arythmie ventriculaire potentiellement létale. La consultation des deux monographies met en évidence que l’association du tiapride avec l’hydroxyzine est contre-indiquée. Ce niveau d’interaction est confirmé dans le thésaurus des interactions médicamenteuses de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), lequel classe l’association de deux médicaments susceptibles de donner des torsades de pointe en contre-indication.

Attitude à adopter

Le pharmacien téléphone au prescripteur et l’informe du traitement par tiapride qui contre-indique la prise d’hydroxyzine. Le médecin décide de remplacer cette dernière par de la desloratadine, antihistaminique non sédatif sans risque connu d’allonge ment de l’intervalle QT. Le pharmacien trace l’intervention pharmaceutique réalisée dans l’outil de recueil en ligne Act-IP officine, développé par la Société française de pharmacie clinique.

ATTENTION ! Un grand nombre d’antipsychotiques, dont le tiapride, sont susceptibles d’allonger l’intervalle QT et ne doivent pas être associés à l’hydroxyzine ou à d’autres torsadogènes.

Avec l’aimable collaboration du Dr Émeric Saguin, psychiatre à l’hôpital national d’instruction des armées Bégin à Saint-Mandé (Val-de-Marne).

Article issu du cahier Formation n°3601, paru le 21 mars 2026.

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