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- 2/3 – Prévention : la vaccination

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2/3 – Prévention : la vaccination
La protection contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) repose sur la vaccination, seul moyen efficace ayant permis une chute spectaculaire de leur incidence. Les résurgences récentes de la rougeole rappellent cependant la fragilité des acquis lorsque la couverture vaccinale, bien qu’élevée, demeure insuffisante.
Environ 95 % des nourrissons ont reçu une 1re dose de vaccin ROR, moins de 93 % ont reçu la 2e et seulement 90,4 % des 18-35 ans sont vaccinés (chiffres 2021-2022). Primo-vaccinations et rattrapages doivent permettre d’atteindre le seuil d’au moins 95 % de la population vaccinée avec 2 doses pour interrompre la circulation du virus. Ainsi, la vaccination protège individuellement mais aussi à l’échelle collective les personnes non vaccinées vulnérables (notamment les femmes enceintes, les personnes immunodéprimées et les nourrissons).
Vaccins
Deux spécialités disponibles. Aucun vaccin monovalent n’étant désormais disponible, la vaccination contre la rougeole, les oreillons et la rubéole s’appuie sur les deux vaccins trivalents, Priorix et M-M-RvaxPro, à base de virus vivants atténués. Il n’y a pas d’argument pour choisir l’un davantage que l’autre. Il est préférable de poursuivre le schéma vaccinal avec le même vaccin, mais ils sont aussi interchangeables (si l’un des deux n’est pas disponible).
Administration. Le vaccin est injecté par voie sous-cutanée ou intramusculaire (sauf trouble de la circulation), dans la cuisse chez les jeunes enfants ou dans la région deltoïdienne. La poudre et le solvant se conservent au réfrigérateur entre + 2 °C et + 8 °C, le vaccin doit être injecté immédiatement après reconstitution ou, au plus tard, dans les 8 heures suivant la reconstitution.
Contre-indications. Ce vaccin vivant ne doit pas être administré durant la grossesse, en cas d’immunodépression et de traitement immunodépresseur, y compris les corticoïdes à forte dose ; il doit être différé en cas d’accès fébrile (température supérieure à + 38,5 °C). Les nourrissons allaités par une mère sous infliximab ne doivent pas recevoir de vaccin vivant, dont le ROR, du fait du passage de l’infliximab dans le lait maternel et du risque de diminution des défenses immunitaires du nourrisson.
Principaux effets indésirables. Érythème, douleur, gonflement au point d’injection et fièvre sont les plus rapportés, une infection des voies respiratoires supérieures et une éruption cutanée sont également fréquentes. Le lien entre autisme et vaccination ROR, dont la suspicion continue de planer, n’a pas été confirmé.
Prise en charge. À 100 % par l’Assurance maladie entre 1 et 17 ans, à 65 % à partir de 18 ans.
Pas de lien confirmé avec l’autisme
La publication de l’étude de Wakefield, en 1998, avait suscité des inquiétudes quant à un possible lien entre la vaccination ROR et l’autisme. Cette étude a, par la suite, été reconnue comme scientifiquement invalide en raison de graves irrégularités méthodologiques et a été retirée par la revue qui l’avait publiée. Depuis, de nombreuses études épidémiologiques robustes ont montré que le risque de développer un trouble du spectre de l’autisme chez les enfants vaccinés par le ROR n’est pas supérieur à celui observé chez les enfants non vaccinés. Le lien entre la vaccination ROR et l’autisme n’a pas été démontré.
Population générale
Nourrissons
Sauf contre-indications, tous les enfants nés depuis janvier 2018 doivent obligatoirement être vaccinés selon un schéma à 2 doses de vaccin trivalent administrées à 12 mois puis entre 16 et 18 mois. L’immunité apparaît 10 à 15 jours après la 1re injection mais une 2e dose est nécessaire pour être protégé efficacement. Celle-ci ne constitue pas un rappel mais un rattrapage pour les personnes n’ayant pas répondu à la 1re dose pour l’un ou l’autre des antigènes : pour la rougeole en particulier, on estime que 5 à 10 % des personnes vaccinées ne répondent pas à la 1re dose mais 90 % d’entre elles répondront à la 2e.
Les nourrissons ayant reçu la 1re dose avant l’âge de 12 mois, pour quelque raison que ce soit, sont moins bien protégés et doivent par conséquent recevoir deux doses supplémentaires soient 3 doses au total.
Personnes nées depuis 1980
Toute personne née depuis 1980 devrait avoir reçu 2 doses de vaccin trivalent (voire 3 si la première dose est administrée avant 12 mois) : un rattrapage est recommandé pour obtenir au total ce nombre de doses avec un délai minimal d’1 mois entre les doses, quels que soient les antécédents vis-à-vis des trois maladies. En effet, il n’y a pas de danger à se faire vacciner contre l’une de ses maladies si on en a déjà contracté une ou plusieurs car les anticorps présents dans le corps neutralisent les antigènes correspondants du vaccin. Pour cette même raison, si le statut vaccinal de la personne est inconnu, une sérologie préalable à la vaccination n’est pas nécessaire. Cette recommandation cible principalement la rougeole, les personnes nées avant 1980 ayant une forte probabilité d’avoir contracté la maladie.
Professeur Daniel Floret, pédiatre, ex-président du Comité technique des vaccinations (HCSP) et ex-vice-président de la Commission technique des .
Comment expliquer que la couverture vaccinale, pourtant élevée, soit insuffisante pour éradiquer la rougeole ?
La rougeole est la maladie la plus contagieuse avec un R0 (nombre de personnes qui seraient contaminées en population vierge de la maladie lorsqu’un cas est introduit) d’environ 15 personnes. Le seuil d’immunité de groupe pour éradiquer la maladie est ainsi de 95 % et c’est la couverture vaccinale qu’il faut atteindre pour éliminer la rougeole. Il est difficile d’atteindre en population de telles couvertures vaccinales qui sont très élevées même si elles augmentent en France, se rapprochant des 95 % pour 1 dose et environ 90 % pour 2 doses pour les enfants de 2 ans et plus. Bien que très rare, il est aussi possible de perdre son immunité.
Certains pays ont-ils réussi à obtenir des couvertures vaccinales suffisantes ?
Oui, et plusieurs pays ont ainsi éliminé la rougeole. Par exemple, en Europe du Nord, la Finlande est le premier pays dans lequel la maladie n’a jamais été réintroduite. D’autres États l’ont éliminée transitoirement mais observé sa réintroduction. C’est notamment le cas de la région des Amériques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Quels sont les freins à la vaccination ROR en France ?
Les principaux freins en France sont ceux de la population qui s’oppose à la vaccination en général, considérant notamment que la rougeole est une maladie bénigne. D’autres réticences d’ordre religieux peuvent être relevées car le vaccin comporterait des produits d’origine fœtale, mais c’est faux. Enfin il ne faut pas oublier les populations difficiles à atteindre et à vacciner, comme les gens du voyage.
La recrudescence récente de cas de rougeole en France a-t-elle permis une prise de conscience en population générale de l’intérêt de cette vaccination ?
Cette recrudescence, principalement due à des cas importés, a essentiellement permis de pratiquer des rattrapages vaccinaux. À noter qu’en 2025, l’épidémie de rougeole n’était pas massive, reposant sur quelques centaines de cas.
Dans ce contexte, quel est le rôle du pharmacien ?
Le rôle du pharmacien d’officine repose essentiellement sur le rattrapage de la vaccination ROR, incluant les adolescents et adultes jeunes qui représentent le principal réservoir de personnes qui ont échappé à la fois à la vaccination et à la maladie. Cette population de rattrapage est l’un des points clés pour éliminer ce réservoir de personnes non immunes vis-à-vis de la rougeole. Le pharmacien peut alors rappeler aux parents l’intérêt de vérifier le statut vaccinal de leurs adolescents et vacciner les personnes de 11 ans et plus, conformément aux recommandations en vigueur.
Populations particulières
Professionnels
Les professionnels de santé nés avant 1980, en formation ou en poste, non vaccinés et sans antécédents connus de rougeole ou de rubéole, doivent recevoir une dose de vaccin trivalent. C’est également le cas pour les professionnels travaillant au contact des enfants s’ils n’avaient reçu qu’une dose de vaccin et c’est fortement recommandé pour tous ceux travaillant dans les services accueillant des patients à risque de rougeole grave, notamment immunodéprimés. Les professionnels nés depuis 1980 doivent avoir reçu 2 doses, conformément aux recommandations générales.
Voyageurs
Pour les voyageurs se rendant en zones où la rougeole circule de façon importante, le calendrier vaccinal s’applique, la vaccination pouvant être pratiquée dès l’âge de 6 mois pour les nourrissons. La vaccination avant 12 mois, hors autorisation de mise sur le marché (AMM), est permise par accès dérogatoire de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) via un cadre de prescription compassionnelle (CPC). Dans ce cas, ils devront recevoir une 2e et une 3e dose à 12 mois puis 18 mois.
Grossesse et rubéole
Les femmes nées avant 1980, qui ne sont pas vaccinées contre la rubéole, avec une sérologie négative traduisant une absence d’immunité et qui projettent une grossesse, doivent recevoir 1 dose de vaccin trivalent rougeole-oreillons-rubéole.
Le vaccin étant contre-indiqué durant la grossesse, les femmes dont la sérologie prénatale est inconnue ou négative et celles qui n’ont pas reçu deux doses de vaccin trivalent ROR, doivent être vaccinées immédiatement après l’accouchement, même en cas d’allaitement.
Prophylaxie postexposition
Autour d’un cas de rougeole
Après un contact avec un cas de rougeole, une vaccination postexposition à visée préventive peut empêcher l’apparition de la maladie avec une efficacité estimée à 74 %. Elle est indiquée chez les personnes non vaccinées et sans antécédents connus de rougeole ou n’ayant pas reçu 2 doses de vaccin. Elle concerne :
- les contacts proches d’un cas clinique ou confirmé, comme les personnes vivant sous le même toit, partageant le même mode de garde ou ayant été en face-à-face plus de 15 minutes pendant la période de contagiosité, par exemple ;
- les contacts de collectivités (moins étroits), uniquement si le cas est confirmé biologiquement.
Pour les nourrissons âgés de 6 mois à 1 an, si le contact a eu lieu dans les 72 heures, ils doivent recevoir une première dose de vaccin dans le cadre d’une prescription compassionnelle (CPC). Au-delà de 72 heures, la prophylaxie postexposition repose sur l’administration d’immunoglobulines (Gamunex, réservé à l’usage hospitalier). Un délai de 9 mois au moins sera respecté avant d’administrer le vaccin. Pour les nouveau-nés entre 0 et 6 mois, l’administration d’immunoglobuline est recommandée si la mère n’a pas d’antécédent de rougeole et n’a pas été vaccinée ou si elle présente une rougeole. Pour les enfants de plus de 1 an et les adultes, la vaccination préventive reste indiquée même après 72 heures suivant l’exposition. Le schéma vaccinal doit ensuite être complété selon le calendrier habituel, notamment pour les personnes nées avant 1980 ou celles n’ayant pas reçu les 2 doses recommandées (3 doses si la primovaccination a été commencée avant l’âge de 12 mois). Pour les professionnels de santé ou de la petite enfance, la vaccination préventive est indiquée quelle que soit la date de naissance avec complément du schéma vaccinal.
Autour de cas groupés de rougeole
La vaccination préventive est recommandée à tous les contacts, proches ou non, sans attendre les résultats des laboratoires. Toutes les personnes, y compris nées avant 1980, doivent compléter leur schéma vaccinal.
Autour de cas groupés d’oreillons
Lors d’un épisode groupé d’oreillons au sein d’une collectivité (école, internat, caserne, club sportif, etc.), il est recommandé de mettre à jour la vaccination de tout sujet contact (périmètre d’application déterminé selon la situation) et de conseiller une 3e dose de ROR aux personnes déjà vaccinées avec 2 doses lorsque la 2e dose remonte à plus de 10 ans. Contrairement à la rougeole, toutefois, la réponse immunologique en cas de vaccination précoce n’est généralement pas assez rapide pour éviter la maladie si le patient l’a contracté.
À l’officine
Vaccination
- Vérifier le statut vaccinal des patients et expliquer si besoin l’intérêt de la vaccination et du schéma complet à 2 doses.
- Prescrire et administrer le vaccin aux patients à partir de 11 ans dont le schéma est incomplet sauf en situation d’immunodépression. Le vaccin peut être administré de façon concomitante avec un autre vaccin du calendrier vaccinal, en 2 points d’injection distincts. À noter qu’en cas de contact avec un malade, la vaccination préventive est généralement gérée par l’agence régionale de santé (ARS) mais, si ce n’est pas le cas, le pharmacien peut vacciner les plus de 11 ans. Préciser qu’il est nécessaire d’attendre au moins 4 semaines avant de donner son sang et, en cas de désir de grossesse, qu’il est recommandé d’éviter toute conception dans le mois suivant l’administration du vaccin.
Mesures barrières
Comme pour toute infection transmise par voie respiratoire, les mesures barrières s’appliquent au contact d’un patient pour lequel une infection est suspectée ou confirmée, en plus de la vaccination préventive le cas échéant, pendant toute la période de contagiosité : isoler le patient, lui demander de porter un masque et de tousser dans le pli du coude, se laver les mains régulièrement dans la famille et/ou utiliser du gel hydroalcoolique, désinfecter les surfaces (comme les poignées de porte, le lavabo), ventiler les pièces régulièrement (le virus peut rester transmissible par voie aérienne dans un espace fermé jusqu’à 2 heures après le départ du malade). Le contact avec les nourrissons et les femmes enceintes doit être évité au maximum.
Avec l’aimable collaboration du Pr Daniel Floret, pédiatre, ex-président du Comité technique des vaccinations et ex-vice-président de la Commission technique des vaccinations.
Article issu du cahier formation n°3602, paru le 28 mars 2026.

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