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Premiers secours : être bien formé, c’est vital
Face à certaines situations d’urgence, l’officine s’impose comme un lieu de prise en charge de proximité. Jusqu’où le pharmacien peut-il intervenir ? Quels gestes sont autorisés, dans quel cadre juridique, et avec quelles exigences en matière de formation et d’équipement ? S’ajoute à ces enjeux la responsabilité de l’employeur officinal vis-à-vis de son équipe. Décryptage des règles et des pratiques en officine.
« Tout pharmacien doit, quelle que soit sa fonction et dans la limite de ses connaissances et de ses moyens, porter secours à toute personne en danger immédiat, hors le cas de force majeure. » L’article R. 4235-7 du Code de la santé publique pose les devoirs généraux des pharmaciens libéraux en matière de gestes d’urgence à prodiguer. Des devoirs dont l’énoncé reste « assez flou », comme l’admet Bruno Galan, président du conseil régional de l’Ordre des pharmaciens pour la région Occitanie et du Conseil central de la section A, représentant les pharmaciens titulaires d’officines : « Nous devons effectivement être en mesure d’identifier des urgences et de pouvoir adopter le bon comportement, tout cela dans la mesure de nos compétences. »
Une certification
Depuis 2010, tous les professionnels qui exercent en officine doivent valider, durant leurs études, l’attestation de formation aux gestes et soins d’urgence de niveau 2 (AFGSU2). Cette certification réglementaire concerne aussi bien les pharmaciens que les préparateurs. Le Dr Gaël Gheno, président de l’Association nationale des centres d’enseignement des soins d’urgence (Ancesu), détaille : « L’AFGSU2 s’obtient à l’issue d’une formation de trois jours, soit 21 heures, et a une durée de validité de quatre ans. Elle doit être renouvelée, à travers une journée dite de “recyclage”, soit sept heures de formation. En revanche, passé le délai de quatre ans, la certification n’est plus valable et il faut envisager une nouvelle formation complète sur trois jours. »
Trois modules composent le programme de l’attestation : la prise en charge des urgences vitales (inconscience, obstruction aiguë des voies aériennes, hémorragie externe, arrêt cardiaque), les urgences potentielles (malaise et brûlures graves, traumatisme osseux ou cutané, accouchement inopiné), les urgences collectives et les situations sanitaires exceptionnelles (organisation de la réponse du système de santé – plan Orsan – et son articulation avec l’organisation de la réponse de sécurité civile – plan Orsec). Hormis cette attestation imposée durant la formation initiale, quid de la formation continue ? « La mise à jour de l’AFGSU2 ne revêt pas un caractère obligatoire. Elle reste cependant fortement recommandée », poursuit Gaël Gheno.
Où se former ?
Les professionnels médicaux et paramédicaux doivent se tourner vers les centres d’enseignement des soins d’urgence (Cesu). Il en existe un par département. Le Fonds interprofessionnel de formation des professionnels libéraux (FIFPL), pour les titulaires, ainsi que l’opérateur de compétences des entreprises de proximité (Opco EP), pour les salariés, peuvent prendre en charge le coût des formations.
La gestion des situations sanitaires exceptionnelles
Au-delà du programme de l’AFGSU, d’autres annexes thématiques complémentaires sont proposées au sein des centres d’enseignement des soins d’urgence ou Cesu, concernant les situations sanitaires exceptionnelles (SSE) : leur organisation générale, la prise en charge des SSE de type guerre ou attentat, la mise en place de cellules d’urgence médicopsychologiques, la prise en charge des risques nucléaires, radiologiques et chimiques, celle des risques biologiques, et enfin une formation « task force » pour renforcer les services de réanimation en cas de nouvelle pandémie. « Sans caractère obligatoire là encore, ces formations complémentaires peuvent se révéler très utiles pour les pharmaciens libéraux », conseille Gaël Gheno. Un nouveau module de formation devrait être proposé dans le courant de l’année 2026, spécifiquement destinée aux professionnels médicaux libéraux. Elle inclura une sensibilisation à l’ensemble des situations sanitaires exceptionnelles, ainsi qu’au lien ville-hôpital.
Si l’urgence se présente
Quelqu’un a chuté sur le trottoir et entre solliciter de l’aide ? Un voisin s’est gravement brûlé et accourt pour demander conseil ? Les pharmaciens sont confrontés à une grande diversité de situations, « d’autant plus dans des zones où l’offre de soins fait défaut, reconnaît Bruno Galan. Dans les déserts médicaux, encore plus qu’ailleurs, l’officine devient souvent le lieu de premier recours. »
Tous les gestes appris lors de l’AFGSU2 peuvent et même doivent être réalisés quand un besoin est identifié. « En cas de non-assistance, les pharmaciens s’exposent à un risque pénal, tout comme les civils, pouvant être puni de cinq ans de prison et de 75 000 € d’amende, reprend Bruno Galan. En outre, du fait de leur statut, ils s’exposent à des sanctions disciplinaires décidées par l’Ordre des pharmaciens, qui peuvent aller du simple avertissement à la radiation. » À sa connaissance, aucun cas ne s’est présenté jusque-là.
Les pharmaciens libéraux doivent aussi, sous couvert d’être guidés par le médecin du Centre 15, être en capacité d’administrer des médicaments face une situation médicale urgente, comme de l’adrénaline, de la Ventoline, etc. « Les pharmaciens, titulaires et adjoints, peuvent intervenir seuls. Les préparateurs et préparatrices peuvent aussi administrer ces médicaments, mais uniquement en présence du pharmacien responsable », complète le président du Conseil central de la section A.
Trousses d’urgence et défibrillateur automatisé externe
Concernant le matériel nécessaire à la prise en charge des situations d’urgence, les officines n’ont aucun devoir réglementaire. Certes, tout le matériel est présent au sein de l’officine. Rassembler une trousse de premiers soins facilite néanmoins grandement la gestion des urgences. Le site Démarche Qualité Officine, édité par l’Ordre des pharmaciens, propose une check-list imprimable.
« Il est important que cette trousse contienne, a minima, de quoi soigner les plaies et les brûlures, les hémorragies externes, les allergies, l’œdème aigu du poumon, les hypoglycémies, la crise d’asthme, préconise Bruno Galan. Le choix de s’équiper d’un défibrillateur automatique relève de chacun. Nous le recommandons fortement, en particulier pour les officines en zone rurale. Le défibrillateur automatisé externe (DAE) devrait, de préférence, être placé à l’extérieur de la pharmacie, de manière à pouvoir être utilisé durant les horaires de fermeture. »
Autre raison de constituer cette trousse : le Code du travail rend obligatoire la présence de matériel de premiers secours sur le lieu de travail. Il doit être adapté à la nature des risques existants dans l’entreprise, facilement accessible et faire l’objet d’une signalisation par panneaux. Tout le matériel destiné aux premiers soins est à vérifier régulièrement, de manière à être renouvelé en fonction des dates de péremption. Les DAE nécessitent une maintenance particulière. Les détails sont listés sur le site du ministère de la Santé.
Aiguiller les patients
Les gestes et soins d’urgence prodigués en officine n’astreignent pas à un suivi particulier. Les pharmaciens peuvent aiguiller les patients, quand ils n’ont pas été pris en charge par le service d’aide médicale urgente (Samu), au cas par cas : revenir surveiller l’évolution d’une plaie par exemple, consulter un médecin généraliste, etc. Le site Démarche Qualité Officine présente deux documents imprimables, destinés à consigner les situations d’urgence : un premier pour conserver le détail des interventions, un second pour enregistrer les informations du patient.
Libre à chacun de formaliser cette prise d’informations comme bon lui semble. Il est préférable de conserver des traces écrites, afin d’attester d’une prise en charge effective, ainsi que des conseils délivrés.
À retenir
- Depuis 2014, pharmaciens et préparateurs doivent obtenir la certification AFGSU2 durant leurs études.
- Elle a une durée de validité de quatre ans. Sa mise à jour s’effectue dans le cadre d’une formation de sept heures (non obligatoire, mais fortement recommandée).
- Les sanctions pénales en cas de non-assistance à personne en danger peuvent aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende.
- Une trousse de premiers secours est obligatoire dans toutes les entreprises, pour les gestes et soins d’urgence destinés aux employés. Elle ne l’est pas pour la prise en charge des patients, mais reste, là encore, fortement conseillée.
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