Cancer et nutrition : la prévention dans l’assiette

© Getty Images

Cancer et nutrition : la prévention dans l’assiette

Réservé aux abonnés
Publié le 22 octobre 2025
Par Nathalie Belin
Mettre en favori

Des facteurs liés à l’alimentation ont un impact sur la survenue de certains cancers. Le maintien d’un bon état nutritionnel au cours et après un cancer est également déterminant pour la prise en charge de la maladie et la prévention des récidives.

Prévention des cancers

Les données

Plus de 40 % des cancers sont attribuables à des facteurs de risque évitables, dont 16 à 20 % dus à des facteurs nutritionnels, parmi lesquels figurent l’alimentation, le statut pondéral et la consommation d’alcool. Ainsi, après le tabac, les trois principales causes évitables de cancer sont la consommation d’alcool, l’alimentation déséquilibrée et la surcharge pondérale.

S’appuyant sur des niveaux de preuve convaincants ou probables, les facteurs nutritionnels sont classés en deux groupes :

  • ceux augmentant le risque de certains cancers : en particulier le surpoids et l’obésité, la consommation d’alcool, de viandes rouges et de charcuteries ;
  • ceux le diminuant : l’activité physique, les fruits et légumes, les fibres alimentaires, les produits laitiers, l’allaitement.

À noter : d’autres facteurs ont un impact important (avec des preuves convaincantes) sur la survenue de certains cancers.

L’activité physique est associée à une diminution du risque des cancers du côlon, du sein et de l’endomètre (par stimulation de l’immunité, réduction de certains facteurs de croissance dans le sang, accélération du transit intestinal, etc.). Elle a aussi un effet indirect en limitant le risque de surpoids et d’obésité. Par activité physique, il est considéré tous les mouvements de la vie quotidienne (sport, travail physique, ménage, jardinage, marche, vélo, etc.) ;

La supplémentation en bêtacarotène à forte dose (supérieur à 20 mg par jour) chez les fumeurs et ex-fumeurs augmente le risque de cancer du poumon.

Concernant les aliments ultratransformés, récemment, des analyses d’études épidémiologiques et observationnelles ont montré des associations entre la consommation d’aliments ultratransformés et un risque accru d’obésité, de mortalité cardiovasculaire, de diabète de type 2, de troubles psychiques, mais aussi de cancers, tous types confondus et plus spécifiquement de cancer du côlon. Bien que des études supplémentaires soient nécessaires pour confirmer ces risques, les résultats incitent dans tous les cas à réduire leurs consommations.

Publicité

En pratique

Les recommandations du programme national nutrition santé (PNNS) destinées à la population générale adulte s’intègrent dans le cadre de la prévention de l’ensemble des maladies chroniques, dont le cancer.

Elles préconisent, entre autres, d’augmenter la consommation de fruits, de légumes, de légumes secs, de fruits à coques ; de consommer 2 produits laitiers par jour et des produits céréaliers complets ; de privilégier les huiles d’olive, noix ou colza ; de réduire la consommation d’alcool, de produits et boissons sucrés, d’aliments salés, de charcuterie et de viande rouge.

Concernant l’activité physique, il est recommandé de pratiquer l’équivalent de 30 minutes d’activité « dynamiques » par jour, c’est-à-dire entraînant a minima un essoufflement modéré, et de limiter le temps passé assis en marchant un peu toutes les 2 heures.

Au cours du cancer et après

Dénutrition

La dénutrition est l’une des complications les plus fréquentes au cours d’un cancer. Sa prévalence, tous cancers confondus, est de l’ordre de 40 % et concerne plus particulièrement les cancers digestifs (bouche, gorge, œsophage, estomac, côlon). Plusieurs facteurs l’expliquent : les besoins nutritionnels augmentent (du fait d’une hausse des dépenses énergétiques liée aux altérations métaboliques et à l’inflammation induite par la tumeur) ; les apports alimentaires tendent à se réduire (perte d’appétit liée à la maladie elle-même, dysphagie, troubles du goût induits par les traitements, notamment).

Il en résulte des altérations de la composition corporelle dont une perte de masse musculaire avec des conséquences importantes : réduction de la qualité de vie (fatigue, difficultés à marcher, à se déplacer, risque de chutes, baisse de moral, etc.), complications médicales (par exemple, baisse de l’immunité, aggravation des pathologies chroniques, augmentation de la toxicité des traitements anticancéreux et des complications chirurgicales) et risque accru de mortalité globale ou de récidive ou de seconds cancers, en particulier pour les cancers colorectal, du foie, du pancréas, de l’œsophage, de l’estomac et du poumon.

En pratique

Un patient est considéré comme dénutri si son indice de masse corporelle (IMC) est insuffisant, c’est-à-dire inférieur à 18,5 kg/m² chez l’adulte et inférieur à 21 kg/m² à partir de 70 ans, ainsi qu’en cas de perte de poids supérieure ou égale à 5 % en 1 mois ou supérieure ou égale à 10 % en 6 mois (ou avant le début de la maladie).

Un IMC normal ou élevé n’exclut pas la possibilité d’une dénutrition.

La prévention

Pour repérer rapidement un amaigrissement, il est recommandé au patient de se peser régulièrement, 1 fois par semaine, et d’informer l’équipe médicale en cas de baisse importante du poids.

En période périopératoire ou pendant les traitements médicaux, l’alimentation doit être hypercalorique (25 à 30 kcal/kg par jour) et hyperprotidique (1,2 à 1,5 g/kg par jour de protéines) : manger ce qui fait plaisir (y compris les aliments réputés faire grossir), notamment des protéines (viandes, poissons, produits laitiers, œufs, etc.) ; ajouter des matières grasses ou du fromage aux légumes, sucrés les desserts, etc. Des compléments nutritionnels oraux sont, si besoin, prescrits. L’hydratation doit rester suffisante (1,5 l par jour environ : eau, thé, bouillons, etc.) en évitant de boire au cours du repas pour ne pas couper l’appétit.

Surcharge pondérale

En cas de surpoids avant le cancer ou d’augmentation pondérale durant le traitement, un accompagnement peut être recommandé pour éviter l’aggravation de ces situations, en particulier dans le cas des cancers du côlon, du rectum, du sein et du rein, en raison d’un risque accru de mortalité globale et de récidive. Concernant le cancer du sein, la prise de poids liée à l’hormonothérapie, notamment, est fréquente : l’adaptation de l’alimentation (privilégier des aliments à faible densité énergétique – fruits et légumes, céréales complètes, légumineuses, viandes maigres, etc. –, limiter des aliments gras et sucrés) et le maintien d’une activité physique régulière est recommandée.

Après les traitements, il est préconisé d’atteindre et de maintenir un poids normal, avant tout dans les cancers du côlon, du rectum, du sein et du rein.

Autres

La consommation d’alcool doit être limitée, d’une manière générale, et évitée dans les cancers des voies aérodigestives supérieures.

Il n’existe pas de preuve scientifique avérée du bénéfice du jeûne ou de régimes restrictifs chez les patients atteints de cancer. Ces pratiques peuvent, de plus, augmenter le risque de dénutrition et de perte de masse musculaire.

Sources : « Cancers », Santé publique France ; « Ultra-processed food exposure and adverse health outcomes : umbrella review of epidemiological meta-analyses », BMJ, 2024 ; « Consumption of ultra-processed foods and cancer risk : results from NutriNet-Santé prospective cohort », BMJ, 2018 ; « Aliments dits ultratransformés : mieux comprendre leurs effets potentiels sur la santé », Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation de l’environnement et du travail, 2025 ; « Impact des facteurs nutritionnels pendant et après cancer - Rapport », Institut national du cancer, septembre 2020.