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Fluorure de sodium : faut-il s’inquiéter pour les dentifrices ?
L’Anses propose de classer le fluorure de sodium comme perturbateur endocrinien et substance toxique pour la reproduction. Une consultation publique est ouverte par l’Agence européenne des produits chimiques jusqu’au 16 janvier 2026, avant une éventuelle évolution réglementaire au niveau européen.
Dans le cadre du règlement CLP (classification, étiquetage et emballage des produits), l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a rendu publique une proposition de classification du fluorure de sodium. Ce règlement vise à identifier les dangers qu’une substance ou mélange de substances peut présenter du fait de ses propriétés physico-chimiques, de ses effets sur la santé et sur l’environnement.
Le fluorure de sodium, déjà connu et largement utilisé, notamment en prévention des caries, et déjà classé pour plusieurs dangers : toxicité aiguë par voie orale, irritation cutanée, et irritation oculaire, fait l’objet d’une évaluation. L’Agence propose de le classer aussi comme perturbateur endocrinien pour la santé humaine et comme substance toxique pour la reproduction. Cette proposition est actuellement soumise à consultation publique au niveau européen.
Un composé largement utilisé
Le fluorure de sodium se dissocie en ions sodium et fluorure, ce dernier étant à l’origine de la toxicité. Le fluor est naturellement présent dans l’environnement et l’alimentation, notamment via l’eau de boisson, les produits céréaliers, le thé, le lait et les produits laitiers. Le fluorure de sodium est utilisé pour prévenir la formation de caries, en particulier dans les dentifrices fluorés.
Des effets documentés sur le neurodéveloppement, la thyroïde et la fertilité
Les données analysées par l’Anses reposent sur des études expérimentales chez l’animal et des études épidémiologiques en santé humaine. Elles mettent en évidence des effets sur le neurodéveloppement lors d’une exposition pendant la grossesse, ainsi qu’une modification de la fonction thyroïdienne, après une exposition par voie orale. Des atteintes à la fertilité ont également été observées dans des modèles animaux.
Sur cette base, l’Agence propose d’étendre la classification harmonisée du fluorure de sodium aux classes de danger suivantes :
- Perturbateur endocrinien pour la santé humaine, catégorie 1 (EUH380),
- Toxique pour la reproduction, catégorie 1B (EUH360F).
Si cette classification est retenue, elle impliquera des mentions de danger, d’avertissement et des conseils de prudence adaptés, conformément au règlement CLP.
En pratique pour l’officine
Il n’y a pas de changement de recommandation à ce stade ni d’alerte spécifique à transmettre aux patients, mais un sujet à suivre sur le plan réglementaire. Les données évaluées par l’Anses portent sur des effets observés après exposition par voie orale et à des niveaux d’exposition qui ne correspondent pas à l’usage normal des dentifrices. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (AEFSA) continue par ailleurs à reconnaître l’intérêt du fluor pour la prévention de la carie, avec des apports jugés bénéfiques dans un cadre maîtrisé.
Une consultation publique avant décision européenne
La proposition de classification est soumise à consultation publique sur le site de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) jusqu’au 16 janvier 2026. Toutes les parties prenantes peuvent transmettre des commentaires ou des données scientifiques complémentaires. À l’issue de cette phase, l’Anses répondra aux contributions reçues.
L’ensemble du dossier sera ensuite examiné par le Comité d’évaluation des risques de l’ECHA, qui rendra un avis sur l’actualisation de la classification du fluorure de sodium. Sur cette base, la Commission européenne pourra, le cas échéant, engager les démarches réglementaires nécessaires pour modifier le règlement CLP.
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