Prévention : le dépistage des cancers de la peau

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Prévention : le dépistage des cancers de la peau

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Publié le 25 avril 2026
Par Anne-Gaëlle Harlaut
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Environ 140 000 nouveaux cas de cancers cutanés sont diagnostiqués chaque année en France parmi lesquels 90 % de carcinomes et 10 % de mélanomes. Ce dernier présente un risque métastatique plus important. La détection précoce de lésions offre de meilleures chances de guérison. Elle repose sur un dépistage ciblé sur les personnes à risque et un autodépistage en population générale.

Pourquoi il n’y a pas de dépistage généralisé ? Car les expériences d’une campagne de masse ont mené à un surdiagnostic. En effet, cette dernière met surtout en évidence des lésions très précoces et à évolution lente qui n’auraient probablement pas évolué vers une forme grave. Elle n’a ainsi pas montré de diminution de la mortalité. Dans un contexte où l’accès à un dermatologue est limité, le recours à des moyens considérables peut aussi avoir un effet contre‑productif, puisqu’il peut saturer la spécialité et provoquer un retard de prise en charge des individus les plus à risque.

L’option retenue est donc un dépistage ciblé pour les personnes à risque sur la base de facteurs connus.

Dépistage ciblé pour les patients à risque

Pour quels patients ?

Les principaux facteurs de risque connus sont le phototype (peau très claire et/ou cheveux blonds ou roux), la présence de taches de rousseur, de nombreux grains de beauté (plus de 20 sur les bras et avant-bras), des antécédents personnels de cancer de la peau ou familiaux de mélanome (parents, fratrie, enfants), des coups de soleil pendant l’enfance ou l’adolescence, un séjour de plus de 1 an dans un pays à fort ensoleillement, des activités ou une profession exercée à l’extérieur, le recours passé ou présent à des séances d’ultraviolet (UV) en cabine.

Le risque individuel augmente de façon exponentielle avec le cumul de ces différents facteurs.

Des outils comme l’autoquestionnaire SAMScore (self-assessment of melanoma risk score), développé par le Réseau Mélanome Ouest, permettent l’évaluation du risque en médecine générale.

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Comment ?

Le dépistage repose sur un examen clinique visuel complet de la peau 1 fois par an, par le médecin généraliste ou, idéalement, le dermatologue afin de repérer d’éventuelles lésions suspectes. Si besoin, le médecin utilise un dermoscope (loupe éclairante très grossissante) et prend des photos pour évaluer d’une année sur l’autre une progression éventuelle.

En cas de lésion suspecte, il est décidé d’une surveillance rapprochée ou de l’analyse du tissu après exérèse sous anesthésie locale.

Le patient est également formé à l’examen de la peau pour un autodépistage régulier à domicile entre deux visites médicales.

L’intelligence artificielle : oui, mais avec une supervision médicale

Les systèmes de diagnostic assisté par ordinateur qui utilisent l’intelligence artificielle (IA) se multiplient dans les services de dermatologie, en pharmacie, mais aussi dans des bornes en libre-service dans les lieux publics ou via des applications smartphone. Si l’intérêt de la technologie est indéniable, la Société française de dermatologie (SFD) a alerté sur les dispositifs d’IA utilisés sans validation scientifique ni supervision dermatologique. Elle rappelle que ces pratiques exposent les patients à des risques graves tels qu’un faux diagnostic, de l’anxiété inutile ou un sentiment de fausse sécurité. La SFD recommande un usage raisonné de l’IA, dans un parcours coordonné et encadré, associée à un examen dermatologique clinique complet.

Autodépistage régulier pour tous

L’autosurveillance consiste à examiner régulièrement sa peau et celle de son entourage sans attendre un rendez-vous chez le médecin. Elle est recommandée en population générale, avec ou sans facteur de risque de cancer cutané, afin de repérer précocement toute lésion suspecte qui justifie une consultation médicale.

Cette démarche « raisonnée » vise à limiter les consultations non nécessaires.

Quand le réaliser ?

Régulièrement, idéalement 1 fois tous les 3 mois.

Comment s’y prendre ?

  • S’installer nu dans une pièce correctement éclairée.
  • Observer d’abord à l’œil nu la paume des mains, la plante des pieds, les doigts et espaces interdigitaux, les bras, avant-bras, les jambes et les cuisses.
  • Devant un miroir à pied, examiner le corps de haut en bas, de face, sur le côté gauche puis le côté droit, les bras levés au-dessus de la tête.
  • Avec un miroir à main, en position assise, scruter la face interne et postérieure des cuisses et des mollets, la face postérieure des bras, la nuque, le dos, le cuir chevelu, la région génitale et l’intérieur de la cavité buccale. Une lampe torche peut-être utile. L’aide d’un proche est recommandée, notamment pour le dos et l’ensemble du cuir chevelu.
  • Prendre des photos des grains de beauté peut faciliter la détection d’éventuels changements.

Quels signes d’alerte repérer ?

La règle CAN

Valable pour l’ensemble des cancers cutanés, elle émane de la campagne nationale d’autodépistage « Yes, I CAN », lancée par la Société française de dermatologie en 2025 et visant à sensibiliser à l’autosurveillance cutanée. Elle permet de dépister une lésion suspecte selon 3 critères principaux :

  • C pour « Changeant » : changement de taille, de forme ou de couleur ;
  • A pour « Anormal » : renvoie à la règle du « vilain petit canard ». Comme les grains de beauté d’une même personne ont tendance à se ressembler, la présence d’un grain de beauté différent doit attirer l’attention ;
  • N pour « Nouveau » : lésion nouvellement apparue et persistant depuis au moins 3 semaines.

La règle ABCDE

Valable pour les mélanomes, elle s’appuie sur la symétrie, la forme, la couleur, la taille, le diamètre et l’évolution.

© DR

Que faire en cas de doute ?

Consulter le médecin généraliste ou le dermatologue.

« Yes I CAN », des outils de communication pour l’officine

Pour relayer la campagne de sensibilisation à l’autosurveillance cutanée de la Société française de dermatologie, rendez-vous sur le site dermato-info.fr, onglet « Liste des actualités », puis « Surveiller ma peau ? Yes I CAN ! » afin de télécharger l’affiche de la campagne.