ChatGPT Santé : l’IA d’OpenAI s’invite dans le quotidien des patients

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ChatGPT Santé : l’IA d’OpenAI s’invite dans le quotidien des patients

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Publié le 8 mars 2026
Par Benjamin Roussel
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OpenAI teste ChatGPT Santé, une version de son intelligence artificielle (IA) pensée pour accompagner les patients. Compréhension des données de santé, préparation des consultations, suivi du parcours de soins : cet assistant pourrait faire évoluer la relation patient-soignant, sous réserve de son déploiement en France.

La promesse peut sembler aussi alléchante qu’inquiétante. OpenAI a annoncé, en janvier, le lancement de ChatGPT Santé, un nouvel outil d’IA à destination des patients, conçu comme un « espace distinct » de la version classique de ChatGPT. La fonctionnalité est d’abord testée auprès d’un nombre restreint d’utilisateurs, avant une mise à disposition pour tous dans les « prochaines semaines », explique le géant américain.

ChatGPT Santé doit permettre de centraliser en un seul endroit les informations de santé actuellement dispersées entre applications, objets connectés, documents médicaux et plateformes numériques. Selon OpenAI, ce morcellement des données « laisse les personnes seules face à la complexité du système de santé ».

Toutefois, « ChatGPT n’a pas vocation à établir un diagnostic ni à proposer un traitement », assure l’entreprise. Son but est plutôt d’aider les utilisateurs à répondre aux questions du quotidien, à mieux comprendre des résultats médicaux ou à préparer des échanges avec des professionnels de santé, « au-delà des seuls moments de maladie ».

260 médecins de 60 pays mis à contribution

Pour cela, le nouvel outil doit connecter les dossiers médicaux électroniques et certaines applications de bien-être. D’après OpenAI, cette fonctionnalité de partage est déjà accessible aux États-Unis. Elle doit permettre d’aider les patients à interpréter des analyses biologiques, suivre leur alimentation ou leur activité physique, ou encore comparer des options d’assurance santé.

OpenAI assure que le développement a été réalisé « en étroite collaboration avec 260 médecins exerçant dans 60 pays et couvrant des dizaines de spécialités ». En outre, « 600 000 retours » sur le nouveau modèle d’IA ont été recueillis, afin d’affiner les réponses et limiter les risques.

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Un lancement encore incertain en France

Pour autant, l’outil pourrait ne pas être disponible immédiatement en France. « Il n’y a pas de date précise de lancement en Europe et en France pour des raisons réglementaires », explique Hélène Charrondière, experte indépendante, fondatrice et dirigeante de Health Analytica.

En cause, la conformité avec le règlement général sur la protection des données (RGPD) et l’IA Act (règlement européen visant à encadrer l’usage de l’IA), mais aussi les modalités techniques de connexion entre ChatGPT Santé et les dossiers médicaux électroniques. « Se pose également la question de l’hébergement des données de santé, avec l’obligation de recourir à des hébergeurs certifiés HDS [hébergeur de données de santé, Ndlr] en France, ainsi que l’éventuelle compatibilité ou incompatibilité des versions de ChatGPT », précise-t-elle.

ChatGPT déjà massivement utilisé sur des sujets de santé

Si OpenAI franchit aujourd’hui le cap, c’est d’abord parce que la santé constitue déjà l’un des usages majeurs de ChatGPT. « Une étude publiée par OpenAI début janvier confirme que l’IA s’est d’ores et déjà imposée comme un véritable assistant de santé », rapporte Hélène Charrondière. Selon ces données, environ 5 % de l’ensemble des conversations sur ChatGPT portent sur des questions de santé. Parmi les quelque 800 millions d’utilisateurs réguliers, 1 sur 4 interroge chaque semaine l’outil sur ce sujet.

Pour l’experte, cette utilisation massive n’a rien d’anodin. L’IA « pallie naturellement les difficultés d’accès aux soins et répond aux besoins croissants d’informations et de conseils en matière de santé ». Plus largement, « la santé est depuis le début un secteur clé de l’IA, avec un potentiel immense d’optimisation des processus de soins », qu’il s’agisse d’une aide au diagnostic, d’un soutien à la décision médicale, de la gestion des tâches médico-administratives, ou encore de l’autonomisation des patients.

Un marché en pleine croissance, y compris en France

OpenAI est loin d’être le seul acteur sur le créneau des assistants de santé. À l’échelle mondiale, plusieurs entreprises investissent déjà ce champ, à l’image de Gemini (Google), Claude for Healthcare (Anthropic), ou encore Docus.ai et Counsel Health.

En France, la course est également lancée. Doctolib a récemment annoncé le lancement d’un assistant « intelligent » à destination des parents d’enfants de moins de quatre ans, centré sur l’information et l’orientation. D’autres acteurs, comme PaperDoc et son assistant conversationnel Gustave, explorent également cet usage en promettant des informations médicales fiables pour les patients. « La majorité des assistants d’IA ciblent encore les professionnels de santé, mais l’offre spécifiquement destinée aux patients devrait s’étoffer rapidement dans les mois à venir », confirme Hélène Charrondière.

David Gruson, directeur de programme santé à domicile chez La Poste Santé & Autonomie et fondateur d’Ethik-IA, observe la même accélération. « La rapidité de diffusion des outils d’IA générative dans la vie quotidienne agit comme un puissant facteur de développement de systèmes d’IA en santé plus spécialisés », analyse-t-il.

« La Poste Santé & Autonomie a, de son côté, lancé Dalvia Synthèse il y a un peu plus de 18 mois », poursuit l’expert. Cet outil d’IA générative « souverain » permet de réaliser des synthèses du dossier médical et d’automatiser la production des lettres de liaison avec les correspondants de ville, tout en garantissant un cadre conforme aux exigences éthiques, juridiques et de protection des données.

Modification de la relation avec le pharmacien

L’essor de tous ces assistants va nécessairement produire des effets sur les officines. « Les pharmaciens vont être de plus en plus confrontés à des patients venant vers eux en ayant, au préalable, interrogé des systèmes d’IA généralistes sur leur situation personnelle », analyse David Gruson. « La généralisation de ces usages va renforcer l’autonomie des patients et modifier la relation avec les pharmaciens », complète Hélène Charrondière.

Risque de se détourner du conseil du pharmacien

« L’impact des assistants IA à destination des patients sera toutefois différent en fonction du statut des médicaments et des dispositifs médicaux, selon qu’ils sont prescrits ou non », explique Hélène Charrondière, fondatrice et dirigeante de Health Analytica. À terme, le risque est que les patients contournent le conseil des pharmaciens en sollicitant leur assistant d’intelligence artificielle et achètent directement leurs médicaments d’automédication sur des sites de vente en ligne. « L’acte d’achat en automédication, parapharmacie, compléments alimentaires, etc., deviendrait alors 100 % numérique », met en garde l’experte.