- Accueil ›
- Business ›
- International ›
- Washington ouvre la vente directe de médicaments à prix cassés

© Getty Images
Washington ouvre la vente directe de médicaments à prix cassés
L’administration Trump accélère sa stratégie de dérégulation pharmaceutique par les prix. Le président américain a officialisé le lancement de TrumpRx, un site internet fédéral destiné à faciliter l’accès des patients américains à des médicaments à tarifs négociés, en dehors des circuits classiques de remboursement.
Présenté à la Maison-Blanche en présence de Mehmet Oz, directeur des Centers for Medicare and Medicaid Services, et de Joe Gebbia, cofondateur d’Airbnb, le dispositif TrumpRx se veut à la fois un outil de pouvoir d’achat sanitaire et un levier de négociation industrielle.
Une plateforme de coupons sans vente directe
TrumpRx ne commercialise pas de médicaments. Le site agit comme un agrégateur de remises négociées. Il redirige les patients vers des sites d’achat partenaires et met à disposition des coupons à présenter en pharmacie afin de bénéficier de tarifs préférentiels.
L’exploitation technique est assurée par GoodRx, acteur déjà positionné sur le marché américain des rabais pharmaceutiques. Le modèle repose sur un achat direct par le patient, sans mobilisation de l’assurance, avec application immédiate d’une décote industrielle.
Un accès réservé aux patients non couverts
L’accès au dispositif est encadré. Les coupons TrumpRx sont réservés aux adultes non affiliés à un programme public d’assurance et qui s’engagent à ne solliciter aucun remboursement pour les achats réalisés via la plateforme.
Sont exclus les bénéficiaires des deux grands programmes fédéraux que sont Medicare et Medicaid.
Medicaid, pilier assurantiel des populations modestes
Le programme Medicaid constitue l’un des socles de la couverture santé américaine. Créé en 1965, il finance les dépenses de santé des populations à faibles revenus. Il concerne notamment les ménages sous seuil de pauvreté, une partie des enfants, des femmes enceintes ainsi que certaines personnes en situation de handicap.
Son financement est partagé entre l’État fédéral et les États fédérés, avec des critères d’éligibilité variables selon les territoires. TrumpRx se positionne en périphérie de ce système, en ciblant les patients non couverts ou insuffisamment assurés.
Seize laboratoires engagés dans des baisses tarifaires
Pour alimenter la plateforme, Washington a conclu des accords avec seize laboratoires pharmaceutiques mondiaux. Ces engagements reposent sur la clause dite de « nation la plus favorisée », mécanisme visant à rapprocher certains prix américains des niveaux les plus bas observés à l’international, en échange d’exemptions de droits de douane.
Les réductions concernent à la fois les médicaments financés par Medicaid et ceux accessibles en achat direct via TrumpRx.
GLP-1, première cible des décotes
Les premiers arbitrages tarifaires portent sur les analogues du GLP-1, dont la dynamique commerciale pèse fortement sur les dépenses de santé américaines. Les laboratoires Eli Lilly et Novo Nordisk ont consenti des réductions substantielles sur leurs traitements de l’obésité.
Selon l’administration américaine, les prix mensuels pourraient être ramenés entre 149 et 350 dollars pour les patients. L’achat direct représente déjà plus de 10 % des ventes totales d’anti-obésité pour ces deux industriels.
La plateforme doit notamment faciliter l’accès à Ozempic et Wegovy, y compris à la forme orale de Wegovy récemment homologuée et pour l’instant commercialisée uniquement via des circuits de vente directe.
Des baisses marquées sur plusieurs spécialités
Plusieurs médicaments affichent déjà des décotes significatives. L’antiarythmique Tikosyn de Pfizer est proposé à 336 dollars contre 672 dollars en prix de gros. Le traitement de la BPCO Bevespi Aerosphere d’AstraZeneca tombe à 51 dollars, soit plus de 400 dollars d’économie.
La liste doit s’élargir à plusieurs traitements à fort volume ou à coût élevé, parmi lesquels Januvia, Plavix, Advair Diskus, Repatha ou encore Epclusa. Pfizer prévoit l’intégration de plus de 30 spécialités à prix réduits.
Extension aux traitements de la fertilité
Le périmètre doit également inclure des médicaments de fertilité produits par Merck KGaA, tels que Gonal-F et Cetrotide, prolongeant l’accord tarifaire conclu avec Washington en octobre 2025.
Un gain économique encore débattu
L’impact réel sur le reste à charge fait débat. Les achats réalisés via TrumpRx ne sont pas intégrés dans le calcul des franchises d’assurance. Pour les patients disposant déjà d’une couverture, le bénéfice financier pourrait donc rester limité malgré les remises affichées.
Une cinquantaine de spécialités au lancement
Au démarrage, la plateforme recense moins de cinquante médicaments couvrant un spectre thérapeutique large, incluant diabète, obésité, dépression, hypothyroïdie, infections fongiques ou encore troubles vasomoteurs. La Maison-Blanche annonce toutefois une montée en charge progressive.
Vente directe, une logique industrielle assumée
Pour les laboratoires, la vente directe à prix réduit répond à une rationalité économique claire. Elle permet d’écouler des volumes hors négociation assurantielle, de toucher des patients non couverts et de sécuriser des recettes sur un marché soumis à de fortes pressions politiques sur les prix.
Au-delà de son périmètre immédiat, TrumpRx s’apparente à une expérimentation de désintermédiation partielle du remboursement, combinant négociation fédérale, remises industrielles, coupons officinaux et achat direct. Un modèle observé de près par les systèmes de santé confrontés à la soutenabilité croissante des dépenses pharmaceutiques.
Avec APM
- Baisse historique des prix pour Wegovy et Ozempic annoncée par Novo Nordisk
- Pharmacies : pourquoi la fidélité des patients reste fragile
- Obésité : traitements et accompagnement redimensionnent l’officine
- Pharmacie : comment devenir un pro de l’entrepreneuriat en 150 heures
- Prix de cession des pharmacies en 2025 : les dix chiffres à retenir de l’étude Interfimo
- Médicaments chers : l’addition, s’il vous plaît !
- « Une vie sauvée toutes les huit secondes » : l’Institut Pasteur contre-attaque face à la défiance vaccinale
- Cancérologie : Muriel Dahan veut faire entrer l’officine dans la chaîne clinique
- Les ponts de mai ? On vous explique comment les gérer !
- Vendre et acheter des médicaments n’importe où : ces risques auxquels on ne pense pas





