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Virus endémique ?
Il ne fait plus la une de l’actualité, mais le virus du chikungunya continue d’infecter plusieurs milliers de personnes par semaine sur l’île de La Réunion. 3 000 nouveaux cas sont comptabilisés chaque semaine depuis le début du mois d’avril. On est loin des 20 000 cas hebdomadaires de février et la psychose est passée, mais la situation reste inquiétante.
On ne voit qu’un ou deux nouveaux cas par semaine, contre parfois plus de 100 par jour en février, constate Roselyne Lecler titulaire à Saint-Leu dans l’Ouest de l’île. En revanche, nous avons de plus en plus de patients qui ont été contaminés il y a deux ou trois mois et qui reviennent pour des douleurs articulaires. » Les officinaux que nous avons contacté retrouvent en moyenne au comptoir 15 à 20 % de leurs patients pour des séquelles liées au virus. « Malheureusement, le conseil tient peu de place au comptoir, regrette Thomas Guené, adjoint à Saint-André, situé à l’Est. Avec 40 % de CMU et 29 % de chômage sur l’île, la moindre boîte d’antalgique est délivrée sur prescription. Nous alertons surtout sur les risques de surdosages. » Quelques cas d’hépatite sévère ont en effet été signalés.
Combien de temps la maladie peut-elle perdurer chez l’être humain ? Difficile à dire. Selon le ministère de la Santé, des formes arthralgiques persistantes ont été décrites notamment en Afrique du Sud. En 1983 une étude rétrospective a été menée dans ce pays auprès de cas prouvés de chikungunya. Tous les patients avaient contracté la maladie au moins 3 ans auparavant. 87,9 % étaient tout à fait guéris, 3,7 % avaient des raideurs ou une gêne modérée de manière épisodique, 2,8 % avaient des raideurs articulaires persistantes sans douleur. Mais 5,6 % avaient des articulations douloureuses et raides de manière persistante : ces patients avaient tous des taux élevés d’anticorps contre le virus chikungunya.
On compte désormais à La Réunion 255 000 cas répertoriés, pour 780 000 habitants… Le virus fera donc encore longtemps parler de lui. D’autant plus que les Réunionnais semblent avoir baissé la garde et ne se soucient plus de prévention. « Les ventes de produits antimoustiques se sont effondrées, du coup nous sommes complètement surstockés », constate Céline Blanco, adjointe à Saint-Paul, dans l’Ouest de l’île. La faute aux médias. « La presse et la télé, ici comme en métropole, n’en parlent quasiment plus. Les gens n’ont plus peur et se protègent moins. Moi-même pendant le pic épidémique je ne serais jamais sortie sans une bombe de répulsif. Je ne le fais plus depuis deux semaines, à tort sans doute », témoigne Roselyne Lecler. « Le sentiment général est au fatalisme, décrit Fabrice Teyssier, titulaire au Tampon, quatrième agglomération de l’île. Les gens estiment que les autorités n’arriveront pas enrayer l’épidémie. Et puis beaucoup, une fois contaminés, se disent qu’ils ne risquent plus grand-chose. Ils ne font plus d’efforts pour se protéger et protéger les autres en nettoyant leur jardin et les endroits où l’eau peut s’accumuler. »
Une diminution significative du nombre de nouvelles contaminations est attendue avec l’arrivée progressive (fin mai) de l’hiver austral et des conditions moins favorables pour les moustiques. Un protocole de démoustication spécifique à la saison hivernale devrait être appliqué dès le mois de juin. La fin du cauchemar ? « C’est ce que les autorités laissent à penser mais je n’y crois pas vraiment, maugrée Fabrice Teyssier. Je n’ai jamais vu la saison fraîche tuer les moustiques. Le virus, il faudra apprendre à vivre avec. » Dans son bulletin de situation du 4 mai, l’Institut de veille sanitaire semble lui donner raison. Il rappelle qu’en 2005 la transmission virale s’est poursuivie au cours de l’hiver austral avant d’augmenter brutalement. « La population encore susceptible d’être infectée reste suffisante pour qu’un tel phénomène se reproduise. Il est donc indispensable de maintenir les actions de prévention contre les piqûres de moustiques et de ne pas relâcher les efforts individuels et communautaires de lutte contre les moustiques. »
A noter
– L’épidémie a des conséquences importantes sur le tourisme. Le trafic aérien en provenance de la métropole a chuté de 30 %. Les officines situées dans les lieux les plus touristiques, notamment dans l’ouest de l’île commencent à le ressentir. Les ventes de para et surtout de produits solaires sont en berne.
Conseils aux voyageurs
Même en ce début d’hiver austral, il est recommandé de se protéger des moustiques. On peut conseiller de porter dans la journée des vêtements amples et longs couvrant les bras et les jambes jusqu’aux chevilles, d’imprégner les vêtements d’insecticide spécial pour tissu dans les zones de prolifération, d’appliquer des répulsifs sur les zones de la peau découvertes et d’utiliser des moustiquaires, des diffuseurs électriques ou des « bandeaux collants » dans l’habitat.
Une surmortalité confirmée
Sur la base des données journalières de mortalité de l’Insee de 2002, 2003, 2004 et 2005, l’Institut de veille sanitaire et l’Inserm ont comptabilisé dans l’île un « excès de mortalité » de 25 décès supplémentaires au mois de janvier 2006 (+ 7,1 %), 100 décès en février (+ 34,4 %) et 76 en mars (+ 25,2 %). « Il est donc hautement probable, écrit l’InVs, que cet excès de mortalité observé à partir du 23 janvier soit lié au chikungunya dans la mesure ou celui-ci est concomitant de la progression rapide de l’épidémie. »
Dans la seule semaine du 6 au 12 février, plus de 46 000 nouveaux cas ont été détectés. Plus de deux décès sur trois concernent des personnes âgées de plus de 65 ans et un quart des plus de 85 ans, sans distinction de sexe. Le chikungunya apparaît le plus souvent dans les certificats de décès mentionnant « des causes de décès en rapport avec des maladies endocriniennes et hépatiques. »
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