« Une vie sauvée toutes les huit secondes » : l’Institut Pasteur contre-attaque face à la défiance vaccinale

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« Une vie sauvée toutes les huit secondes » : l’Institut Pasteur contre-attaque face à la défiance vaccinale

Publié le 28 avril 2026
Par Christelle Pangrazzi
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À l’occasion de la Semaine mondiale de la vaccination, l’Institut Pasteur a réuni près de 300 personnalités autour d’un même message : une vie est sauvée toutes les huit secondes grâce aux vaccins, soit 450 par heure, 11 000 par jour et près de 4 millions par an selon l’Organisation mondiale de la santé.

Chercheurs, médecins, écrivains, journalistes, parlementaires, dirigeants d’institutions scientifiques, responsables de fondations, acteurs de l’assurance et de la prévoyance, ainsi que plusieurs anciens ministres de la Santé figurent parmi les signataires d’une tribune publiée dans Le Parisien le 26 avril 2026 à l’occasion de la Semaine mondiale de la vaccination. Un sursaut collectif face à la désinformation et au retour des discours antivaccins.

Le texte, intitulé « Toutes les huit secondes », défend la vaccination comme « un bien commun de l’humanité » et alerte sur un phénomène jugé inédit : la contestation de ce que la science a de plus solidement établi.

Huit secondes. Le temps d’une respiration profonde. C’est aussi, rappellent les auteurs, le délai nécessaire pour qu’un vaccin sauve une vie quelque part dans le monde.

Une victoire sanitaire devenue invisible

Quatre cent cinquante vies sauvées par heure. Onze mille par jour. Près de quatre millions par an.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, la vaccination permet d’éviter entre 3,5 et 5 millions de décès chaque année liés. Depuis cinquante ans, 154 millions de vies ont été sauvées grâce aux vaccins, dont 101 millions d’enfants de moins d’un an. La vaccination a permis de réduire de 40 % la mortalité infantile mondiale.

La tribune convoque la mémoire des grandes maladies infectieuses que la vaccination a presque effacées du quotidien.

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La poliomyélite et ses enfants placés sous poumon d’acier. Les plages fermées l’été. Les piscines vidées.

La variole et ses visages ravagés, ses villages décimés, ses centaines de millions de morts au XXe siècle.

La diphtérie, ce « croup » qui étouffait les nourrissons dans leur berceau.

« Le propre d’un travail bien fait, c’est de devenir invisible », écrivent les signataires.

Et c’est précisément cette invisibilité qui nourrit aujourd’hui la fragilité de l’adhésion vaccinale.

Le retour du doute

« Le silence des maladies vaincues est devenu un piège », rappellent les auteurs.

À mesure que les épidémies disparaissent de la mémoire collective, la perception du risque s’inverse : la maladie s’efface, la peur du vaccin demeure.

Dans cet espace se sont engouffrés les discours antivaccins.

« Des voix qui ne parlent pas au nom de la science, mais au nom d’idéologies qui manipulent les peurs », dénoncent les auteurs.

Ils visent notamment la persistance de l’allégation d’un lien entre vaccination et autisme, pourtant réfutée de manière répétée et sans ambiguïté par la communauté scientifique internationale.

« Nous assistons, sidérés, à un phénomène que nous aurions cru impossible : la remise en cause de ce que la science a de plus solidement établi », écrivent-ils encore.

Le constat dépasse le débat d’opinion : il produit déjà des conséquences sanitaires tangibles.

Rougeole, méningocoques : les maladies reviennent

La rougeole connaît une recrudescence dans plusieurs régions du monde du fait d’une baisse des couvertures vaccinales.

Les infections invasives à méningocoque progressent également. 

En Europe, l’Organisation mondiale de la santé estime qu’au moins 1,4 million de vies ont été sauvées grâce aux vaccins contre la Covid-19.

Des maladies que l’on pensait durablement maîtrisées frappent à nouveau.

À cela s’ajoute une autre menace : l’antibiorésistance, que les signataires décrivent comme une source de drames à venir.

Le message est clair : la prévention n’est jamais définitivement acquise.

Pharmaciens et soignants appelés à tenir la parole scientifique

La tribune adresse un message direct aux professionnels de santé, notamment aux pharmaciens. Elle les appelle à continuer de porter la parole de la science.

Pour les signataires, chaque vaccination administrée dépasse le seul acte technique. Elle constitue un geste de confiance, un acte de responsabilité collective et une protection pour ceux qui ne peuvent pas être vaccinés : nourrissons trop jeunes, patients immunodéprimés, personnes âgées.

Se vacciner, rappellent-ils, revient à prendre soin des autres autant que de soi-même.

À l’officine, cette mission prend une dimension particulière. Le pharmacien devient repère, interlocuteur de proximité, garant d’une parole fiable dans un environnement saturé de confusion.

Chaque explication donnée face à une hésitation vaccinale peut éviter une renonciation. Chaque réfutation d’un argument fallacieux peut convaincre.

Une seule santé, un même combat

Les signataires élargissent également leur plaidoyer à l’approche One Health.

Parce que 75 % des maladies infectieuses émergentes sont d’origine animale, la santé humaine et la santé animale sont indissociables.

Vacciner les animaux, écrivent-ils, revient aussi à protéger les humains.

Aujourd’hui, le vaccin contre le papillomavirus humain illustre cette promesse de long terme : il ouvre la perspective historique d’éliminer le cancer du col de l’utérus, encore responsable de plus de 1 100 décès par an en France.

« Ne laissons jamais ce compteur s’arrêter »

La conclusion de la tribune revient à cette mécanique discrète de la prévention.

Pendant la lecture de ces lignes, plusieurs dizaines de vies auront été sauvées sans bruit, sans récit spectaculaire, sans une de journal.

Des personnes qui ne le sauront jamais. Elles rentreront chez elles, embrasseront leurs proches, poursuivront leur vie sans connaître le nom du geste qui les a protégées.

« C’est la beauté terrible de la prévention : elle n’a pas de visage, pas de nom, pas de récit. Elle a seulement des chiffres, et derrière ces chiffres, l’immensité de tout ce qui n’est pas arrivé », écrivent les auteurs.

Puis cette phrase, comme une injonction simple :

« Toutes les huit secondes, un être humain échappe à la mort grâce à un vaccin. Ne laissons jamais ce compteur s’arrêter. »

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