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© Getty Images/iStockphoto
Cancérologie : Muriel Dahan veut faire entrer l’officine dans la chaîne clinique
Lors des 16es Rencontres de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine, le 23 avril, Muriel Dahan, directrice de la Recherche et du Développement d’Unicancer, a plaidé pour une intégration beaucoup plus forte du pharmacien d’officine dans les parcours de cancérologie : sortie hospitalière, observance, conciliation médicamenteuse et bon usage des traitements coûteux. Pour elle, l’officine détient des informations encore trop peu exploitées dans le suivi des patients.
Pour Muriel Dahan, la loi Hôpital, patients, santé et territoires a ouvert un mouvement qui dépasse largement la seule dispensation. En cancérologie, cette évolution devient particulièrement visible. Les traitements sortent de plus en plus de l’hôpital pour être dispensés en ville. Les patients, eux, vivent leur maladie au domicile, avec leurs questions, leurs effets indésirables, leurs difficultés d’observance.
Dans ce parcours fragmenté, l’officine occupe une place singulière : celle du professionnel accessible, proche, capable de recueillir ce que le patient ne dit pas toujours à l’oncologue.
« Ce n’est pas seulement la dispensation. C’est aussi l’observance, les questions que l’on peut recueillir. C’est un complément du parcours du patient qui reste aujourd’hui invisible dans les données de santé », a souligné Muriel Dahan.
Des données de proximité encore sous-exploitées
La présidente d’Unicancer insiste sur un point : les pharmaciens d’officine disposent d’une masse d’informations précieuses, mais encore peu structurées. Observance réelle, tolérance des traitements, interrogations des patients, difficultés de prise, ruptures de compréhension, signaux faibles : autant de données issues du comptoir, rarement intégrées dans l’évaluation du parcours. Pour Muriel Dahan, cet angle mort prive le système d’une connaissance fine de la vie réelle des patients.
En cancérologie, cette perte d’information est d’autant plus problématique que les traitements sont complexes, coûteux et souvent longs. Le pharmacien peut contribuer à affiner le suivi, à sécuriser les prises et à mieux documenter les besoins des patients hors de l’hôpital.
Le lien ville hôpital comme condition de sécurité
Muriel Dahan défend aussi une conviction très opérationnelle : les pharmaciens hospitaliers et officinaux doivent mieux se connaître.
La sortie hospitalière ne peut plus être un simple transfert administratif. Elle doit devenir un moment organisé du parcours. Cela suppose d’identifier le pharmacien d’officine, de préparer la continuité thérapeutique, de faciliter la conciliation médicamenteuse et de permettre des échanges réguliers entre ville et hôpital.
« Arriver à connaître les pharmaciens d’hôpital autour de vous et établir des liens, c’est fondamental. À partir de là, on peut préparer une sortie de l’hôpital, faire de la conciliation médicamenteuse, tracer le parcours du patient et lui apporter le meilleur conseil », a-t-elle expliqué.
Pertinence : désescalader, réutiliser, mieux traiter
Muriel Dahan a également relié le rôle du pharmacien à un enjeu économique majeur : la pertinence des traitements.
En cancérologie, certains médicaments représentent des coûts très élevés. Elle cite notamment des boîtes à 8 000 euros, parfois détruites alors qu’une réflexion pourrait être menée sur leur réutilisation sécurisée. Elle évoque aussi la désescalade thérapeutique, l’espacement des doses, la réévaluation des durées de traitement et la construction de référentiels de bon usage.
L’objectif n’est pas de moins soigner, mais de soigner plus juste. Recherche, données de santé, intelligence artificielle et expérience de terrain doivent, selon elle, permettre de mieux utiliser les traitements disponibles, de limiter les gaspillages et d’orienter les dépenses vers les prises en charge les plus pertinentes.
Une place à conquérir dans la recherche
Muriel Dahan appelle enfin les pharmaciens d’officine à s’impliquer davantage dans la recherche.
À ses yeux, leur proximité avec les patients leur donne une capacité particulière à documenter la vie réelle des traitements. En cancérologie comme dans d’autres pathologies, cette contribution pourrait enrichir les études, améliorer les référentiels et faire remonter des informations impossibles à capter depuis l’hôpital seul.
Le message est clair : l’officine ne doit pas rester au bord du parcours oncologique. Elle peut devenir un maillon clinique, documentaire et scientifique.
À condition, toutefois, de construire les outils, les liens et les financements qui permettront de transformer cette proximité en véritable valeur de santé.
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