Quels médicaments peuvent provoquer une sécheresse oculaire ?

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Quels médicaments peuvent provoquer une sécheresse oculaire ?

Publié le 25 avril 2026
Par Maïtena Teknetzian
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[QUESTION DE COMPTOIR] Marc, 54 ans, se présente à la pharmacie pour renouveler son traitement récent d’hypertrophie bénigne de la prostate. Il évoque une sensation de sécheresse des yeux apparue progressivement ces dernières semaines et s’interroge sur un lien possible avec son traitement en cours. Que répondez-vous ?

La sécheresse oculaire est une altération qualitative ou quantitative du film lacrymal. Celui-ci est composé d’une phase lipidique, qui retarde l’évaporation des larmes et secrétée sous l’influence des androgènes par les glandes sébacées de Meibomius situées dans les paupières ; d’une phase aqueuse, produite par les glandes lacrymales sous l’effet d’une activation autonome ; et de mucus, limitant les frictions liées au clignement des paupières et qui provient des cellules épithéliales conjonctivales.

De nombreux médicaments sont susceptibles de provoquer une sécheresse oculaire par différents mécanismes. Parmi ceux administrés par voie systémique, des anticholinergiques diminuent la sécrétion lacrymale : antidépresseurs tricycliques, neuroleptiques phénothiaziniques, antihistaminiques H1, antispasmodiques vésicaux utilisés dans l’incontinence urinaire (oxybutynine, fésotérodine, toltérodine), antiparkinsoniens anticholinergiques (bipéridène, trihexyphénidyle, tropatépine), néfopam, scopolamine, disopyramide, etc. Sont également impliqués ceux susceptibles d’entraîner un dysfonctionnement des glandes de Meibomius et une hyperévaporation du film lacrymal : rétinoïdes (qui provoquent une atrophie des glandes de Meibomius), traitements hormonaux diminuant l’exposition aux androgènes (analogues de la GnRH, antiandrogènes comme le bicalutamide, inhibiteurs de la 5α-réductase) ou qui augmentent celle aux œstrogènes (contraceptifs hormonaux, traitement hormonal substitutif). Les anticancéreux agissant sur l’epithelial growth factor receptor (EGFR), tels que l’erlotinib et l’afatinib, altèrent le renouvellement des cellules épithéliales conjonctivales et entraînent sécheresse et irritation oculaires.

Une altération réversible

Les topiques oculaires sont aussi en cause : collyres antihistaminiques H1 et antiglaucomateux (β-bloquants, analogues de prostaglandines), entre autres, mais aussi ceux contenant du chlorure de benzalkonium comme agent conservateur.

La plupart du temps, la sécheresse oculaire iatrogène est réversible. Si l’arrêt du traitement n’est pas envisageable, une coprescription de substituts lacrymaux est nécessaire.

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Sources : Surface oculaire, Société française d’ophtalmologie, 2015 ; « Médicaments et biothérapies en ophtalmologie », Société française d’ophtalmologie, 2023 ; « Sécheresses oculaires d’origine médicamenteuse », Prescrire, décembre 2020.