Violences sexistes et sexuelles en pharmacie : l’Ordre lance une enquête nationale pour briser l’omerta

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Violences sexistes et sexuelles en pharmacie : l’Ordre lance une enquête nationale pour briser l’omerta

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Publié le 17 avril 2026
Par Emmanuelle Serrano
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Dans le sillage du plan gouvernemental de lutte et de prévention contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) en santé, présenté en janvier 2025 par Yannick Neuder​​​​, alors ministre chargé de la Santé et de l’Accès aux soins, l’Ordre national des pharmaciens engage le 28 avril une enquête afin de mieux mesurer le phénomène et d’orienter les actions de prévention.

Depuis plusieurs années, les violences sexistes et sexuelles (VSS) dans le monde de la santé font l’objet d’une attention croissante. En pharmacie, cette réalité a émergé plus tardivement dans le débat public, notamment à travers des initiatives comme #MeToo en santé et le plan gouvernemental de lutte et de prévention contre les VSS en santé, présenté en janvier 2025 par Yannick Neuder​​​​, ministre chargé à l’époque de la Santé et de l’Accès aux soins. Ces initatives ont mis en lumière des situations de harcèlement ou de comportements inappropriés, tant à l’université que dans le cadre des stages ou de l’exercice officinal. Les témoignages d’étudiants et de jeunes professionnels ont contribué à révéler une problématique souvent tue, marquée notamment par des rapports hiérarchiques forts. Dans ce contexte, la question des VSS apparaît désormais comme un enjeu structurant pour la profession.

Une enquête nationale pour objectiver les violences

Face à ce constat, l’Ordre national des pharmaciens franchit une étape décisive en lançant, à partir du 28 avril 2026, une enquête nationale. « La prévention et la lutte contre les VSS au sein de notre profession est une préoccupation majeure de l’Ordre. Aussi, je souhaite aujourd’hui dresser un état des lieux des VSS subies par les pharmaciens et les docteurs juniors en pharmacie dans le cadre professionnel et lancer une vaste enquête sur le sujet », a déclaré Carine Wolf-Thal, présidente du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens (Cnop).

Réalisée avec l’appui de l’institut d’études Viavoice mandaté par l’Ordre​​​​, elle vise à dresser un état des lieux précis des violences subies par les pharmaciens et les docteurs juniors (1) dans leur cadre professionnel. Adresse email et données professionnelles (section, fonction et région d’exercice) recueillies lors de l’inscription à l’Ordre national des pharmaciens seront utilisées par l’Ordre afin d’adresser le questionnaire et de réaliser l’enquête. Les destinataires auront 4 semaines pour y répondre et l’ensemble des réponses sera traité de manière anonyme.

Vers des actions concrètes de prévention et d’accompagnement

Cette démarche marque une évolution importante. Jusqu’ici, les données disponibles étaient fragmentaires. Pour la première fois, la profession se dote d’un outil statistique à grande échelle, indispensable pour mesurer l’ampleur réelle du phénomène. Au-delà du diagnostic, l’objectif affiché est de traduire les résultats en actions concrètes. L’enquête devrait permettre d’identifier les situations à risque, qu’elles concernent la formation, les stages ou l’exercice en officine, et de mieux cibler les publics les plus exposés.

Dans la lignée du plan gouvernemental de lutte contre les VSS en santé présenté en 2025, plusieurs pistes pourraient émerger : renforcement des dispositifs de signalement, sensibilisation des professionnels, ou encore évolution des pratiques managériales et déontologiques. L’implication de l’Ordre confère à cette initiative une portée particulière. En tant qu’instance de régulation, il dispose des leviers nécessaires pour faire évoluer les règles et accompagner les victimes. Reste désormais un enjeu majeur : la mobilisation des pharmaciens eux-mêmes, dont la participation conditionnera la portée et l’efficacité de cette démarche collective.

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(1) Les étudiants en biologie médicale (BM), pharmaciens de 4e année de 3e cycle qui accèdent à la phase ultime de consolidation des compétences (phase 3) du DES, bénéficient, depuis novembre 2020, du statut de « docteur junior ».