Livmed’s liquidée : l’échec du “Uber du médicament”

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Livmed’s liquidée : l’échec du “Uber du médicament”

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Publié le 13 avril 2026
Par Christelle Pangrazzi
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La start-up Livmed’s, spécialisée dans la livraison de médicaments à domicile, a été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Nice. Une décision immédiate, sans plan de redressement, révélée par le quotidien Les Échos. Malgré une levée de fonds de 4,5 millions d’euros en 2022, l’entreprise laisse derrière elle près d’un million d’euros de dettes.

Fondée en 2020 par Talel Hakimi et Mehdi Matyja, Livmed’s s’était imposée dans l’écosystème de la French Tech comme une plateforme de livraison de médicaments, avec une promesse inspirée des standards de l’économie de plateforme.

Mais la trajectoire financière s’est rapidement dégradée. Après une première phase de croissance, la start-up a tenté de pivoter vers un modèle par abonnement facturé aux officines. Sans parvenir à convaincre massivement. Sur environ 400 pharmacies actives à l’été 2025, seules 30 % auraient accepté de s’abonner.

Ce basculement tardif n’a pas permis d’absorber un niveau de dépenses élevé. Résultat : une dette proche du million d’euros et une incapacité à présenter un plan de redressement crédible.

Une rentabilité revendiquée mais contestée

Selon Les Echos, à la sortie de l’audience du 8 avril 2026, le dirigeant affirmait avoir atteint la rentabilité dès août 2025. Une position non retenue par le tribunal de commerce de Nice (Alpes-Maritimes). Dans sa décision, la juridiction estime que l’entreprise « ne présente aucune perspective de redressement ». La liquidation a donc été prononcée sans délai.

Un verrou juridique déterminant

Au-delà des difficultés économiques, Livmed’s s’est heurtée à un obstacle majeur : le cadre réglementaire de la dispensation du médicament.

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Dès 2023, l’Ordre national des pharmaciens a engagé une action en justice, estimant que la start-up participait à une activité de vente ou de courtage de médicaments, réservée aux pharmaciens selon le code de la santé publique.

Après trois années de procédure, la justice a tranché en novembre 2025 en faveur de l’Ordre. Les juges ont considéré que Livmed’s ne se limitait pas à une activité logistique mais intervenait dans l’acte de vente en ligne.

Cette décision a contraint l’entreprise à modifier en profondeur son modèle, notamment en supprimant certaines fonctionnalités liées aux médicaments soumis à prescription.

Des fragilités internes mises en lumière

La procédure a également mis en évidence des écarts significatifs entre les chiffres annoncés et la réalité opérationnelle.

Le dirigeant a reconnu avoir surestimé plusieurs indicateurs :

  • 7 millions d’euros levés annoncés, contre 4,5 millions en réalité,
  • 2 000 pharmacies partenaires revendiquées, contre environ 400,
  • jusqu’à 30 000 livreurs évoqués, pour un volume réel compris entre 400 et 1 000.

Ces écarts ont fragilisé la crédibilité de l’entreprise auprès de ses partenaires et investisseurs.

Une liquidation aux conséquences sociales immédiates

Les effectifs ont fortement diminué en trois ans, passant de 66 salariés en 2022 à une quinzaine aujourd’hui. Tous devraient être licenciés dans le cadre de la liquidation. L’Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés assurera la prise en charge des salaires et indemnités. Du côté des livreurs indépendants, plusieurs créances restent impayées, avec une action collective engagée.

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