Certification périodique : il est l’heure de s’y mettre

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Certification périodique : il est l’heure de s’y mettre

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Publié le 14 avril 2026
Par Pierre-Alexandre Lhotellier
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Prévue par la loi depuis 2019, la certification périodique des professionnels de santé à ordre entre progressivement dans sa phase opérationnelle. Publiés le 26 février dernier, les référentiels en précisent les modalités. Le nouveau dispositif, obligatoire, intègre dès à présent le parcours professionnel du pharmacien avec toutefois son lot d’interrogations.

Il aura fallu sept ans d’attente pour que les textes d’application de la mise en œuvre de la certification périodique des professionnels de santé se concrétisent. Si bien que les professionnels de santé eux-mêmes en avaient un peu occulté l’existence. Le principe en avait été posé par la loi en 2019, mais il restait encore à définir, notamment, pour chaque profession, les référentiels détaillant les actions prises en compte dans le parcours de certification. Pour les pharmaciens, le travail a été mené par le Conseil national professionnel (CNP) pharmacie, premier CNP à publier son référentiel fin 2023. Un arrêté du 26 février dernier a officialisé les référentiels pour les sept professions de santé à Ordre : il explique concrètement ce que doivent faire les pharmaciens pour se conformer au dispositif et ouvre la voie à sa mise en œuvre opérationnelle.

Pourquoi une certification périodique des professionnels de santé ?

Depuis 2009, le développement professionnel continu (DPC) constituait l’obligation unique de formation pour les professionnels de santé et reposait sur deux axes : la formation continue et l’amélioration des pratiques professionnelles. Ce dispositif souffrait toutefois de plusieurs limites, notamment pour les pharmaciens en matière d’offre de formation adaptée aux pratiques de l’officine ou aux profils très spécialisés. « La certification périodique couvre un champ beaucoup plus large que le DPC : elle en reprend les deux axes majeurs en ajoutant la relation aux patients et le suivi de la santé personnelle des professionnels de santé », précise Jocelyne Wittevrongel, présidente de la commission professionnelle du CNP pharmacie. En résumé : la certification périodique passe d’une logique de formation ponctuelle à une démarche continue, plus globale et « davantage en adéquation avec la pratique professionnelle », ajoute Alexandra Gaertner, responsable du dossier « formation continue » à la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF).

Six ans et quatre axes

Concrètement, elle repose sur un parcours de formation à construire sur une période de six ans. Durant ce cycle, chaque pharmacien doit justifier de la réalisation d’actions relevant de quatre axes complémentaires, détaillées dans le référentiel national édité par le CNP pharmacie.

Axe 1 : actualisation des connaissances et des compétences

Composé de 16 actions dites « cognitives », cet axe vise à permettre au pharmacien de mettre à jour ses connaissances scientifiques, réglementaires et technologiques. Il peut s’agir de formations scientifiques (revue bibliographique, participation à un congrès), de travaux d’expertise (rédaction ou relecture d’articles) ou encore d’enseignements universitaires (direction ou jury de thèse).

Axe 2 : amélioration des pratiques professionnelles

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L’objectif est de développer une démarche d’analyse et d’amélioration continue des pratiques. Ce pilier comprend 12 actions dites « réflexives » relatives, notamment, aux bonnes pratiques de dispensation des médicaments à l’officine, comme des audits cliniques, des analyses de pratiques professionnelles, des démarches de gestion des risques, ou encore la participation à des réunions pluridisciplinaires.

Axe 3 : amélioration de la relation avec les patients

Ce troisième axe inclut six actions liées à la communication avec les patients, à l’éducation thérapeutique, à la prévention ou à l’accompagnement dans leur parcours de soins.

Axe 4 : santé et qualité de vie au travail du pharmacien

À partir de six actions centrées sur les conditions d’exercice des pharmaciens lui-même, il s’agit d’encourager l’engagement dans des démarches de prévention des risques professionnels, d’amélioration de la qualité de vie au travail, de gestion du stress et de prévention du burn-out.

« Pour les axes3 et 4, une grande partie des actions est commune à l’ensemble des CNP », explique Claudine Gard, présidente du CNP pharmacie. Alexandra Gaertner salue l’importance accordée à la santé au travail dans l’axe 4 : « C’est la première fois que cet aspect est pris en compte pour les pharmaciens eux-mêmes dans le parcours de formation. C’est un point très important pour nous, car l’exercice officinal devient plus difficile ». Concernant l’axe 3, elle relève également que « les retours des associations de patients montrent qu’ils sont très en attente d’avoir un professionnel de santé certifié ».

Des modalités de contrôle à préciser

La certification périodique concerne l’ensemble des sept professions de santé à ordre – les autres professionnels de santé restent soumis au DPC. En particulier, elle s’applique donc à tous les pharmaciens inscrits à l’Ordre des pharmaciens.

Le cycle de certification – c’est-à-dire le temps dont dispose le pharmacien pour valider l’ensemble de ses actions – s’étend sur une période glissante de six ans, qui est donc propre à chaque pharmacien en fonction de la date à laquelle il s’est enregistré auprès de l’instance ordinale. Par exemple, un pharmacien inscrit à l’Ordre le 1er janvier 2027 aura jusqu’au 31 décembre 2032 pour valider son cycle de certification. Petite subtilité : à titre dérogatoire, pour les pharmaciens inscrits avant le 1er janvier 2023, la durée du premier cycle est de neuf ans à compter de leur date d’inscription, puis six ans pour les cycles suivants.

« Le pharmacien est libre de mener les actions qu’il souhaite dans le référentiel, à partir du moment où il réalise bien le nombre d’actions requis dans chacun des quatre axes », explique Jocelyne Wittevrongel, le tout en fonction de ses besoins professionnels. Le CNP pharmacie fixe un minimum de dix actions à effectuer sur l’ensemble du cycle de six ans, réparties comme suit entre les quatre axes :

  • trois actions dans chacun des axes 1 et 2, tous les trois ans, dont au moins une action cognitive et une réflexive ;
  • deux actions dans chacun des axes 3 et 4, tous les six ans.

Le CNP définit les actions qui entrent dans chacun des axes. Certaines doivent être validées par le conseil, d’autres non mais des vérifications pourront être effectuées. Les pharmaciens peuvent par ailleurs déposer des actions libres, non encore identifiées par le CNP pharmacie, pour validation. Le contrôle du respect de la certification est, lui, confié à l’Ordre des pharmaciens. Mais les modalités d’éventuelles sanctions en cas de manquement ne sont pas encore détaillées. À terme, les pharmaciens devront déclarer leurs actions sur la plateforme nationale Ma Certif’ Pro Santé, en cours de déploiement.

Le DPC compte pour la certification

La publication des référentiels de certification périodique intervient dans un contexte particulier : l’Agence nationale du développement professionnel continu (ANDPC), chargée du pilotage du DPC, est actuellement visée par un projet de suppression ou de transformation d’ici la fin de l’année 2026. Cette décision fait suite à un rapport d’évaluation de l’agence publié en 2023 par l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), qui souligne notamment un manque de déploiement du DPC chez une grande partie des professionnels de santé et insiste sur la nécessité de clarifier l’articulation entre le DPC et la future certification périodique. Concrètement, l’ANDPC continue d’assurer la gestion du DPC jusqu’à fin 2026, mais ses missions devraient progressivement être redistribuées entre la Haute Autorité de santé, les opérateurs de financement de la formation et les instances professionnelles.

Pour l’heure, il revient aux pharmaciens de justifier du respect de leur obligation de DPC pour la période 2023-2025 auprès de l’Ordre (les actions réalisées doivent être déposées d’ici fin avril 2026 sur la plateforme de l’ANDPC pour transmission à l’Ordre). « Nous recommandons aux pharmaciens de garder leurs attestations et preuves de formation pour la période 2023-2025 pour pouvoir les déposer sur la nouvelle plateforme de certification périodique lorsqu’elle sera en ligne », précise Claudine Gard. Ainsi, les actions menées dans le cadre du DPC depuis le 1er janvier 2023 pourront par la suite être prises en compte pour la certification périodique pour les axes 1 et 2, mais devront être complétées par les actions requises pour les axes 3 et 4, dans un intervalle de temps restreint, ce que déplorent le CNP pharmacie et les syndicats de pharmaciens : « Nous regrettons qu’il n’y ait pas eu de report de la date de démarrage de la certification, prévue au 1er janvier 2023. Actuellement, certains [ceux inscrits au début de l’année 2023, NDLR] n’ont donc plus que trois ans pour se certifier pour les axes 3 et 4, car les référentiels n’avaient pas paru », détaille Alexandra Gaertner.

La certification périodique va-t-elle remplacer le DPC ?

Non. Le DPC ne disparaît pas : il devient une composante du parcours de certification périodique. Notamment, les actions de DPC réalisées depuis le 1er janvier 2023 pourront être prises en compte pour la certification sur les axes 1 (actualisation des connaissances) et 2 (relation avec le patient), sous réserve de correspondance avec les actions listées dans le référentiel du CNP pharmacie.

Encore beaucoup de questions

La mise en œuvre concrète de la certification suscite encore de nombreuses questions sans réponse, du fait notamment de l’incertitude sur l’avenir de l’ANDPC et de la prise en charge des actions de formation, ainsi que de l’absence d’outil de suivi et de contrôle clairement défini. 2026 constitue sans doute à cet égard une année de structuration.

Le CNP pharmacie indique qu’une campagne de communication, incluant notamment des flyers et des vidéos pédagogiques, sera lancée par le ministère de la Santé « prochainement » pour préciser et expliquer les modalités de déploiement de la certification périodique.

Les 5 points à retenir

  • La certification périodique concerne tous les pharmaciens inscrits à l’Ordre.
  • Elle repose sur un cycle de six ans, à partir de la date d’inscription à l’Ordre, durant lequel les pharmaciens doivent réaliser au moins dix actions réparties entre quatre axes.
  • Les axes et les actions attendues sont précisés dans le référentiel professionnel des pharmaciens publié le 26 février 2026.
  • Le DPC reste obligatoire et constitue désormais une partie du parcours de certification. Les actions réalisées dans le cadre du DPC depuis le 1er janvier 2023 pourront être prises en compte pour la certification périodique.

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