Traitements anti-obésité : des carences nutritionnelles sous surveillance

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Traitements anti-obésité : des carences nutritionnelles sous surveillance

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Publié le 3 avril 2026
Par Elisabeth Duverney-Prêt
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La perte de poids rapide ne se résume pas à un chiffre sur la balance. Carences, fonte musculaire, fragilisation métabolique : les risques sont réels. Dans ce contexte, le conseil en micronutrition s’affirme comme un axe de différenciation majeur et un relais de croissance pour les pharmacies.

Les risques de carences nutritionnelles liées à une perte de poids rapide sont importants. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) l’a souligné dans son rapport d’enquête publié en janvier dernier, après deux ans de surveillance des aGLP-1. Vitamines B1, B12, vitamine D, fer, protéines… autant de carences qui peuvent entraîner des complications.

« Une perte de poids importante et rapide entraîne des effets systémiques sur l’organisme : au-delà de la réduction de la masse grasse, elle s’accompagne presque inévitablement d’une perte de masse musculaire, liée à la baisse des apports énergétiques et protéiques. Cette évolution peut fragiliser le métabolisme, réduire la force et la fonctionnalité musculaire, et poser un enjeu de santé à long terme si elle n’est pas anticipée », souligne Olivier Soula, directeur général d’Adocia, société de biotechnologie spécialisée dans le diabète et l’obésité.

Les signaux faibles au comptoir

Plusieurs signes permettent au pharmacien de repérer des carences chez des patients obèses ou sous traitements anti-obésité. Sans poser de diagnostic, il peut conseiller et orienter.

  • Signes fonctionnels : fatigue persistante, vertiges, crampes musculaires, essoufflement inhabituel, frilosité
  • Signes neuropsychiques : irritabilité, baisse de moral, troubles de la mémoire, fourmillements
  • Signes musculaires : diminution de la force, difficulté à monter les escaliers, fonte musculaire visible
  • Signes cutanés : chute de cheveux diffuse, ongles cassants, cicatrisation plus lente

Sources : Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé/Haute Autorité de santé

Le conseil en micronutrition : primordial et rémunérateur

La perte de poids ne peut donc pas être envisagée comme un simple chiffre sur la balance : elle doit s’inscrire dans une approche globale qui vise à préserver les fonctions physiologiques, notamment par une alimentation adaptée et le maintien de la masse musculaire. C’est là que la micronutrition intervient, que ce soit avant, pendant ou après un traitement anti-obésité.

Le conseil santé prodigué par les pharmaciens est alors un élément clé de l’accompagnement des patients obèses. « Il ne s’agit bien évidemment pas de se substituer aux médecins ou aux structures spécialisées, mais de compléter leur action par un accompagnement régulier et accessible », souligne Maxime Lasserre, pharmacien et auteur d’une thèse sur le sujet.

Les patients sont d’ailleurs très demandeurs de ce type de conseils, d’autant plus que leur pharmacien est « l’un des seuls professionnels de santé disponibles, sans rendez-vous. Cela lui confère une position privilégiée pour assurer un suivi réactif des patients », poursuit le pharmacien. Preuve de cet engouement : la hausse continue du conseil santé dans le chiffre d’affaires des pharmacies.

10 % du chiffre d’affaires

Si l’automédication a marqué le pas en 2025, le conseil santé a enregistré de son côté une hausse de + 2,1 % pour atteindre désormais près de 10 % du chiffre d’affaires global des officines. « Il s’agit d’un changement de logique de consommation : moins de produits standards, plus de solutions ciblées et à valeur ajoutée. Dans ce nouveau paysage, la croissance ne repose plus sur le volume, mais sur la capacité du pharmacien à créer de la valeur par le conseil, à orienter, à expliquer et à sécuriser le choix du patient », confirme David Syr, directeur général du Gers Data.

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Le conseil est ainsi devenu un facteur clé de différenciation faisant du marché de la micronutrition un point fort des pharmacies – les parapharmacies ont quant à elles enregistré une baisse de ce segment de 3,8 % l’an passé.

Mais il reste encore beaucoup à faire, comme l’indique Virginie Barrieu, directrice des relations médicales chez Nutergia : « C’est une thématique encore insuffisamment exploitée, pourtant elle offre la possibilité aux pharmaciens d’asseoir leur rôle de professionnel de santé de proximité. Il existe en effet encore de nombreux leviers à activer, tant sur le plan de la formation que de l’organisation de l’offre en officine. » Une approche qui pourrait, à terme, contribuer à fidéliser durablement la patientèle.

Top 7 des laboratoires contributeurs à la croissance sur le conseil santé

1. EA Pharma : + 18,70 M€ (+ 27 %)

2. PiLeJe : + 11,10 M€ (+ 7 %)

3. NHCO : + 11 M€ (+ 14 %)

4. Biogaran : + 10,30 M€ (+ 14 %)

5. Havea : + 10,10 M€ (+ 9 %)

6. Nutergia : + 9,80 M€ (+ 11 %)

7. P & G Health France : + 7,50 M€ (+ 7 %)

Évolution 2025 versus 2024 – Chiffres Gers Data

Des outils et des formations sur mesure

Faire monter les pharmaciens en compétences sur l’obésité. Voilà l’objectif désormais assumé de nombreux laboratoires qui souhaitent aider les officinaux à mieux conseiller sur le sujet.

> Chez PiLeJe, l’accent est mis sur la formation avec une plateforme complète, la PiLeJe Factory, associant e-learning, parcours thématiques (microbiote, micronutrition, nutrition) et cas pratiques. Des supports pédagogiques (livrets, fiches, outils d’entretien) aident aussi le pharmacien à structurer un conseil individualisé et à éviter l’automédication non encadrée.

> Nutergia déploie de son côté une approche très opérationnelle, combinant protocoles de micronutrition, supports visuels en officine et formations (webinaires, e-learning). Son outil « Profil santé-micronutrition » permet d’identifier rapidement les freins à la perte de poids (stress, sommeil, microbiote, etc.) et de proposer une cure personnalisée, tout en faisant gagner du temps au pharmacien.

> Chez Arkopharma, on fournit des repères de bon usage, des contenus produits et des solutions qui ciblent les problématiques fréquemment associées (articulations, fatigue, moral). Ils permettent au pharmacien de tenir un discours d’accompagnement réaliste et sécurisé.

> D’autres laboratoires se sont également portés sur le segment de l’obésité, à l’image d’Ysonut qui structure son soutien autour de protocoles nutritionnels adaptés aux différentes phases du parcours (avant, pendant ou après traitement ou chirurgie). Des formations régulièrement actualisées, des posters conseils et des guides associés aux traitements aident les équipes à identifier les barrières à la perte de poids et à proposer un accompagnement cohérent ;

Fonte musculaire, carences, troubles digestifs : les angles morts de la perte de poids

Premier écueil de la perte de poids rapide : la fonte musculaire. Qu’elle soit liée à un traitement médicamenteux ou à un régime alimentaire, elle expose à un déficit protéique souvent sous-estimé. « Les patients obèses ont fréquemment une alimentation riche en calories mais pauvre en protéines », rappelle Célia Cantaloube, du laboratoire Ysonut.

Proposer des compléments protéiques adaptés permet ainsi au patient de préserver son capital musculaire et osseux, condition essentielle pour une perte de poids sereine et durable.

La question des carences micronutritionnelles constitue un autre point de vigilance majeur. Calcium, vitamines du groupe B, fer ou zinc sont régulièrement déficitaires, en particulier chez les patients sous analogues du GLP-1 ou après une chirurgie bariatrique. « La majorité des patients obèses présentent aussi une insuffisance en vitamine D », souligne Éléonore Rousseau, docteure en pharmacie chez PiLeJe.

S’ajoutent les troubles digestifs liés à la prise de médicaments. Prébiotiques, probiotiques, glutamine et zinc sont fortement recommandés pour atténuer nausées, diarrhées et inconfort intestinal.

La gestion des déséquilibres glycémiques s’inscrit également au cœur de l’accompagnement. Ils impliquent en effet fatigue, fringale et même reprise pondérale. Plusieurs associations de micronutriments – cannelle, chardon-marie, carnitine, entre autres – visent à lisser ces pics glycémiques et à optimiser l’utilisation des acides gras. « Il faut toutefois garder à l’esprit que la régulation glycémique doit s’inscrire dans une démarche progressive et durable, en cohérence avec le suivi médical », rappelle Virginie Barrieu, directrice des relations médicales chez Nutergia.

Enfin, l’obésité s’accompagne presque toujours de troubles périphériques qui altèrent la qualité de vie : fatigue chronique, stress, troubles du sommeil, douleurs articulaires. « Le pharmacien doit ici rester dans un discours de soutien, sans promesse irréaliste, en proposant des solutions sur ces problématiques fréquemment associées au surpoids », souligne Marion Nielsen, pharmacienne et directrice scientifique d’Arkopharma.

Magnésium, oméga 3, plantes adaptogènes, collagène ou mélatonine permettent d’aborder ces différents cas de manière progressive et individualisée.

En articulant son offre autour de ces différents leviers, l’officine peut transformer une problématique complexe en opportunité de conseil à forte valeur ajoutée, renforçant à la fois son rôle de professionnel de santé et sa relation durable avec les patients.

À retenir

Problème : fonte musculaire > Solutions : alimentation hypercalorique/hyperprotéique

Problèmes : carences micronutritionnelles > Solutions : calcium, vitamines du groupe B, fer, zinc, vitamine D

Problèmes : nausées, diarrhées et inconfort intestinal > Solutions : prébiotiques, probiotiques, glutamine, zinc

Autres épidoses de la série

Épisode 1 : Médicaments anti-obésité, nouvelle ère thérapeutique. Les nouveaux traitements ont bouleversé la prise en charge de l’obésité, mais le remboursement n’est pas encore acté.

Épisode 2 : Obésité : la proximité du pharmacien, en réponse à la complexité des parcours. 21 complications et pathologies sont associées à l’obésité. Les patients attendent beaucoup de leurs pharmaciens.