Dépistage de la perte d’autonomie : le programme Icope est généralisé en pharmacie

© Getty Images - A cheerful older woman in a purple athletic top leads a simple fitness moment with outstretched arms in a bright studio. A calm classmate participates behind, creating a friendly group workout scene.

Dépistage de la perte d’autonomie : le programme Icope est généralisé en pharmacie

Réservé aux abonnés
Publié le 27 mars 2026
Par Matthieu Vandendriessche
Mettre en favori

Le programme Icope, expérimenté depuis 2022 dans plusieurs régions, vient de passer dans le droit commun. À travers une évaluation simple et rapide de six fonctions essentielles, il permet un dépistage précoce de la perte d’autonomie à partir de 60 ans. Les officinaux peuvent intégrer cet outil dans leur pratique quotidienne.

La politique de santé fait un pas de plus vers le dépistage et la prévention de la perte d’autonomie avec l’entrée dans le droit commun du programme Icope, pour Integrated care for older people. C’est un décret paru au Journal officiel du 19 mars 2026 qui officialise la généralisation de ce programme, complété par un arrêté qui en fixe le contenu opérationnel. Cette action préventive peut être menée dans les officines comme ce fut le cas pendant l’expérimentation lancée début 2022 pour une durée de 3 ans sur le modèle de l’article 51 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018.

Six fonctions évaluées

Icope cible toute personne dès l’âge de 60 ans, autonome dans son quotidien et désireuse de poursuivre ses activités. S’inspirant d’un programme similaire développé par l’Organisation mondiale de la santé, il s’agit d’évaluer six fonctions essentielles : cognition, nutrition, vision, audition, santé mentale et locomotion. Le dispositif s’adresse en priorité aux personnes en situation d’isolement social ou géographique, de précarité et d’éloignement des soins. Il vise l’implication active des bénéficiaires, avec l’appui des professionnels de santé. Alors que le modèle expérimental comportait quatre étapes, Icope se focalise désormais sur le premier stade ou « step 1 », qui consiste à s’autoévaluer par un test simple à réaliser en une dizaine de minutes au moyen de solutions numériques intégrées au catalogue de services de Mon Espace santé (Icope Monitor, Icope et moi, Digicope). Le pharmacien d’officine peut intervenir pour assister l’évaluation. Selon le décret, si aucune insuffisance fonctionnelle n’est relevée, le test est renouvelé tous les six mois. Sinon, il est demandé de se tourner vers un professionnel de santé en capacité d’approfondir l’évaluation. La mise en œuvre du dispositif relève des agences régionales de santé, qui pourront accorder des crédits à cette action, en lien étroit avec les collectivités locales et les services publics départementaux de l’autonomie. Professionnels de santé, établissements sanitaires, du secteur social et médico-social sont impliqués et participent au recrutement des personnes concernées en s’appuyant sur le site Santé.fr.

Une plus-value à l’officine

Dans leur avis en date de janvier 2025, les deux entités du ministère de la Santé chargées d’évaluer les dispositifs « article 51 » soulignent l’intérêt du programme mais aussi ses limites : des objectifs d’inclusion non atteints et des participants qui ne vont pas jusqu’au bout du parcours, considérant l’action comme un dépistage ponctuel et non un suivi dans la durée. Il est également constaté une difficulté à mobiliser les professionnels, notamment du fait d’une rémunération jugée insuffisante. Pour Pierre-André Raissiguier, pharmacien titulaire à Muret (Haute-Garonne), qui s’est lancé dans l’expérimentation dès l’origine, le programme apporte une plus-value dans la prise en charge et l’accompagnement à l’officine : « Cet outil permet une évaluation factuelle, mesurable, non soumise à l’interprétation de chacun. Il peut amener à un besoin auquel nous pouvons répondre par un autre outil, notamment un bilan partagé de médication. En évaluant la cognition, on peut par exemple percevoir un impact sur l’observance. » La démarche recoupe et complète également la mise en œuvre d’un bilan de prévention. Le pharmacien propose le test à l’occasion de la campagne de vaccination antigrippe, qui déclenche une vingtaine d’évaluations par mois, contre 1 ou 2 en temps ordinaire. « Pour la moitié des patients suivis depuis l’origine, nous réalisons au moins une évaluation annuelle ». Des fonds régionaux rémunèrent le pharmacien à hauteur de 19 euros par test effectué.

Publicité