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Les groupements font bouger les lignes de la pratique officinale
Prévention, dépistage, accompagnement personnalisé… Les pharmacies s’imposent progressivement comme des relais de santé de proximité. Pour accompagner cette évolution, les groupements multiplient les initiatives visant à transformer la pratique officinale. Mais plusieurs obstacles restent encore à lever pour déployer à plus grande échelle ces services de santé publique.
Les groupements sont appelés à devenir des acteurs clés pour aider les officines à s’adapter aux mutations du secteur. Certaines pharmacies n’hésitent pas à sortir des sentiers battus : elles mettent en place des espaces voués à l’oncologie, organisent des ateliers de prévention et des campagnes de dépistage, développent des services destinés aux aidants… L’objectif est d’améliorer l’accompagnement du patient et sa prise en charge.
« Ce type de services renforce le rôle du pharmacien comme premier relais de santé de proximité, ce qui est particulièrement important dans un contexte de désertification médicale », souligne Christophe Besnard, directeur réseau de Pharmacie Lafayette. Les groupements accompagnent leurs adhérents dans cette démarche en leur fournissant des supports de communication adaptés et des formations. Ils proposent aussi des services d’agencement et développent des partenariats avec des marques spécialisées et des start-up innovantes.
Ils s’impliquent également aux côtés d’associations de patients et participent activement aux campagnes nationales de prévention. « Demain, la pharmacie doit devenir le premier relais de prévention. Pour y parvenir, il faut s’appuyer sur des équipes officinales formées, des outils adaptés et une communication efficace auprès des patients », résume Damien Hoehr, directeur général du groupement Pharmactiv.
La prévention, une mission prioritaire
Dans cette optique, Pharmactiv met à la disposition de ses pharmacies adhérentes des coffrets déclinés selon différentes thématiques. « Nous avons récemment lancé une trousse ménopause comprenant un dépliant pédagogique et des produits de laboratoires partenaires afin d’aider les femmes à mieux comprendre cette étape de leur vie », illustre Anne-Laure Aulair, pharmacienne et responsable trade marketing et services santé chez Pharmactiv.
La coopérative Giropharm a, elle aussi, lancé en novembre 2025 une campagne nationale sur la ménopause et la périménopause. « Les pharmaciens sont formés pour reconnaître les symptômes de la ménopause et mieux les prendre en charge. Des fiches sont fournies aux équipes, des brochures aux intéressées et les vitrines des pharmacies sont animées autour du thème “Bien vivre la ménopause” », détaille Sonia Plumecocq, responsable des projets santé au sein de Giropharm.
Cette volonté de placer la prévention au cœur de la pratique officinale se retrouve aussi chez Evecial. « Nous encourageons les pharmacies du groupement à ouvrir des créneaux consacrés à la nutrition sur Doctolib. Même si cette mission n’est pas rémunérée, elle joue un rôle essentiel dans le maintien en bonne santé des patients », indique Thomas Nepveux, directeur général du groupe.
Des campagnes nationales
Le groupe coopératif Astera Retail s’inscrit également dans une démarche de prévention. À l’occasion d’Octobre rose, trois de ses groupements (Santalis, Uniq et Paraph) ont mis en place une campagne visant à sensibiliser les femmes sur l’importance du dépistage du cancer du sein et à soutenir les patientes concernées. Affiches, pochettes et livrets… Astera Retail a conçu un kit complet de communication. « Nous avons aussi proposé aux officines participantes des outils digitaux comme des bannières pour les sites web, des films pour les écrans digitaux et une communication sur les réseaux sociaux », précise Marie Grislain, chargée du trade marketing et de l’animation de points de vente chez Astera Retail. Pour impliquer leurs adhérents dans cette démarche, les groupements ont également lancé un concours de photos. « Deux catégories seront représentées : la plus belle vitrine et la photo d’équipe la plus originale », indique Sophie Johner, chargée de marketing chez Astera Retail.
Dans le même esprit, le groupement Alphega Pharmacie, à l’occasion d’Octobre rose, a relayé, au sein de ses pharmacies adhérentes, des messages de sensibilisation destinés à encourager le dépistage, avec le soutien institutionnel du laboratoire Sandoz, et EvoluPharm a alloué à ses adhérents des sacs en papier reprenant le ruban emblématique de la campagne. Distribués gratuitement, ces supports constituent un moyen simple et visible de rappeler l’importance du dépistage auprès des femmes.
Toujours dans une logique de prévention, Giphar s’est récemment engagé dans la prévention des risques cardiovasculaires. « Fin septembre, nous avons renouvelé la campagne des “6 Jours du cœur”, qui nous a permis de réaliser plus de 10 000 dépistages. Les trois quarts des officines de notre réseau étaient mobilisées », informe Géraldine Noury-Pépion, présidente de Giphar. À l’occasion du Mois du souffle, organisé en mai 2025, les 1 250 officines de la coopérative ont mis l’accent sur l’évolution et les traitements de l’asthme, mais également sur la prévention et les facteurs de risque. « Nous avons conduit près de 5 800 entretiens durant cette campagne. Notre objectif était de sensibiliser les patients au bon usage de leurs traitements », commente Géraldine Noury-Pépion. Ces mobilisations illustrent, selon elle, la place essentielle que la pharmacie doit occuper dans la santé publique. « Plus ces actions seront développées en officine, plus notre système de prévention en sortira renforcé », estime-t-elle.
L’insuffisance veineuse sous surveillance
À l’occasion du Mois de l’insuffisance veineuse, Kare Santé (ex-CPC) a déployé, en juillet 2025, une campagne consacrée au dépistage de cette pathologie. « Elle concerne un large public, notamment les voyageurs, les femmes enceintes, les sportifs ou les personnes âgées », souligne Julien Grézanlé, directeur opérationnel de Kare Santé. Pour encourager le dépistage, les patients étaient invités à scanner un QR Code en officine afin de répondre à un questionnaire d’autoévaluation. Si les résultats indiquaient un risque, cela permettait d’engager un échange avec le pharmacien, susceptible d’aboutir à un entretien personnalisé et à un suivi adapté. Les patients pouvaient ensuite être orientés vers une solution de compression veineuse proposée par les laboratoires Innothera et Enovis, partenaires de l’opération.
En cas de suspicion de pathologie particulière, le pharmacien redirigeait le patient vers un professionnel de santé pour une prise en charge complémentaire. Plus de 12 000 scans ont été enregistrés durant la campagne. L’opération comprenait également des formations destinées aux équipes officinales. Plus de 90 officines en ont ainsi bénéficié, représentant un effectif de près de 1 500 professionnels. Cette campagne a été relayée via des newsletters, une communication en officine et sur les réseaux sociaux, dans une démarche à 360 degrés. Un kit PLV (publicité sur lieu de vente) a été fourni aux officines participantes pour augmenter la visibilité de l’opération.
La formation en fer de lance
Pour structurer les actions de prévention en officine, Aprium lancera dès 2026 des cycles de formation et de communication d’une durée de six mois, intégrés dans un programme s’étalant sur deux à trois ans. Cinq grandes thématiques seront abordées : la santé de la femme, l’obésité, les maladies cardiovasculaires, le diabète et l’oncologie. Chaque module s’étendra sur six mois afin de développer une expertise solide pour le plus grand nombre au sein du réseau. « L’idée est que chaque patient, dans chaque officine, puisse être accompagné par un pharmacien formé sur ces thématiques », souligne Laurent Keiser, directeur de la stratégie d’Healthy Group, maison mère du groupement Aprium. Pour lui, le rôle du groupement est de structurer, former et accompagner les pharmaciens pour qu’ils puissent répondre au mieux aux besoins de leurs patients.
De son côté, Wellpharma a lancé depuis un an les Wellconférences, des conférences en ligne ouvertes aux adhérents et à leurs patients. « Il s’agit de webinaires animés par des experts autour de thématiques de santé », explique Guillaume Paquin, président de Wellpharma. Organisées chaque trimestre, elles offrent un espace d’échange et de pédagogie autour de sujets de santé publique. Les pharmacies du réseau relaient les annonces en vitrine, précisant le thème et la date des sessions. « Le format est flexible : les patients peuvent suivre la conférence depuis l’officine ou à distance. À la fin, une discussion est proposée entre les participants et leur pharmacien, ce qui renforce le lien et favorise l’échange », précise Guillaume Paquin.
Pour sa part, Totum a mis en place en 2023 la certification OncoPharma. Accessible à toutes les pharmacies françaises, elle leur offre la possibilité de monter en compétence en oncologie pour mieux répondre aux attentes des patients et de leurs aidants, anticiper leurs besoins, mais aussi participer à une coordination pluriprofessionnelle. Elle comprend une formation de 42 heures délivrée par la Totum Academy, le centre de formation de Totum. À ce jour, seulement trois pharmacies ont obtenu cette certification mais 99 ont amorcé la démarche.
Dans la même logique, Pharm-UPP s’appuie sur son propre organisme de formation, Form-UPP, pour renforcer les compétences de ses adhérents. En 2024, ce sont près de 2 200 stagiaires qui ont été formés sur des thématiques variées. Le groupement valorise l’engagement des équipes à travers un système de compétitions internes. Des récompenses viennent distinguer les officines particulièrement investies dans des missions de santé telles que la prévention, le dépistage ou encore le suivi des patients dans le cadre des entretiens d’accompagnement.
À la pointe de l’innovation
Pour aller plus loin dans l’accompagnement du patient, les groupements de pharmacies multiplient également les initiatives pilotes afin de tester de nouveaux services ou produits, à l’image de Giphar, qui a récemment lancé un incubateur de start-up.
Un tremplin pour les jeunes marques
En mai dernier, le groupement coopératif Giphar a lancé GipharLab, un programme hybride entre incubateur et accélérateur, destiné à soutenir les jeunes marques innovantes dans les domaines de la santé et du bien-être. L’objectif est de les accompagner vers le succès commercial en leur offrant une vitrine en officine, au plus près des patients. Après plusieurs mois de sélection et d’accompagnement, en octobre, neuf marques ont été retenues et déployées dans les pharmacies du réseau. « Leurs solutions sont testées dans nos pharmacies adhérentes. Cela nous permet d’être à la pointe de l’innovation, tout en offrant aux officines des outils concrets pour faire évoluer leur pratique », explique Benoît Le Gavrian, directeur général et président du directoire de Giphar. Une nouvelle phase de sélection a démarré cet automne. Pour être candidates, les marques doivent répondre à quatre critères : avoir moins de cinq ans d’existence, proposer des produits commercialisés ou prêts à l’être, être positionnées sur les secteurs du bien-être ou de la santé, viser les circuits pharmacie et/ou parapharmacie.
Les groupements s’appuient aussi sur la puissance du numérique et des nouvelles technologies pour développer des services de santé innovants. À titre d’exemple, Lafayette a noué un partenariat avec la start-up Apodis, qui a développé un outil de recommandation de service afin d’aider les équipes officinales à accompagner les patients de façon personnalisée (ciblage de campagne vaccinale, proposition d’entretien avec les femmes enceintes, etc.). De même, PharmaVie a récemment concrétisé un partenariat avec la start-up Huvy. Accompagnée par le groupement depuis 2022, cette jeune entreprise a développé une plateforme d’intelligence artificielle médicale destinée à aider les professionnels de santé à détecter les mélanomes.
Alors que l’Ordre des pharmaciens a appelé à une vigilance renforcée et à un encadrement strict du recours à l’intelligence artificielle en dermatologie, PharmaVie a attendu que Huvy obtienne le marquage CE IIb des dispositifs médicaux (définis par leur niveau de risque modéré à élevé pour le patient et l’utilisateur) avant de formaliser le partenariat. Depuis son lancement fin septembre 2025, une trentaine d’adhérents a déjà souscrit à l’offre. « Le pharmacien s’abonne à la solution et facture le service aux patients pour un montant compris entre 20 et 25 €, non remboursé », précise Patrick Le Branchu, directeur de la communication de PharmaVie. Malgré l’absence de remboursement, les retours semblent encourageants. « Les patients accueillent ce service de manière très positive. Ils choisissent volontairement d’en bénéficier et le paiement n’est pas perçu comme un frein », assure-t-il.
Renforcer les liens interprofessionnels
Ce service proposé en pharmacie ne se limite pas à l’outil technologique. « Tout l’enjeu est d’accélérer la prise de rendez-vous pour le patient. Chaque pharmacien ayant souscrit à l’outil a tout intérêt à nouer des liens avec des centres de dermatologie ou des dermatologues proches de son officine pour améliorer la prise en charge du patient », explique Patrick Le Branchu.
À titre d’exemple, la pharmacie des Corsaires, à La Rochelle (Charente-Maritime), pilote du projet, a mis en place un partenariat avec le service de dermatologie du centre hospitalier de la ville. Lorsqu’une urgence dermatologique est détectée en officine, un rendez-vous est directement programmé au centre. « En général, les dermatologues accueillent volontiers ce type de collaboration car ils sont souvent saturés et peinent à identifier rapidement les véritables urgences », rapporte Patrick Le Branchu.
Cette démarche illustre l’importance d’une coordination entre les pharmacies, les hôpitaux, les associations et les structures de soins locales. « Ces services renforcent les liens interprofessionnels au niveau local. En collaborant avec les médecins et spécialistes du territoire, le pharmacien entretient un véritable réseau de confiance, ce qui peut aussi favoriser des recommandations croisées », constate Christophe Besnard (Pharmacie Lafayette).
Un accès rapide à un avis dermatologique
Face à la pénurie de dermatologues, le réseau Pharmacie Lafayette a lancé en début d’année un service actuellement testé dans une vingtaine d’officines. Son objectif ? Faciliter l’accès à un avis en dermatologie et accélérer la prise en charge des anomalies cutanées. La personne est accueillie dans une salle de confidentialité et un dermatoscope est appliqué sur sa lésion. Un questionnaire est complété et l’ensemble des informations sont transmises via une plateforme sécurisée à un professionnel de santé, dermatologue ou médecin titulaire d’un diplôme universitaire en dermatologie. Sous 72 heures, un compte-rendu est établi incluant des recommandations thérapeutiques, et transmis au pharmacien. Ce dernier peut ainsi accompagner le patient de façon ciblée. « Il ne s’agit pas de remplacer l’expertise médicale, mais bien de rendre l’accès à un avis spécialisé plus rapide et plus simple », précise Christophe Besnard, directeur du réseau Pharmacie Lafayette.
Une passerelle vers les missions conventionnées
Ces initiatives constituent également une porte d’entrée vers les missions conventionnées. « La campagne organisée dans le cadre du Mois du souffle nous a par exemple permis de promouvoir la vaccination contre le pneumocoque », indique Géraldine Noury-Pépion (Giphar). Giropharm encourage également, à travers sa campagne sur la ménopause, les pharmacies de la coopérative à réaliser un bilan de prévention pour les femmes de 45 à 50 ans.
De même, Pharmactiv, via le déploiement de sa trousse de contraception destinée aux adolescents, ouvre la voie à la mise en place de bilans de prévention chez les 18-25 ans ou de vaccinations contre les infections à papillomavirus humains. « L’idée est de profiter de ces échanges avec les patients pour aborder ces services conventionnés », rappelle Damien Hoehr (Pharmactiv). Dans cette logique de conjuguer missions officielles et initiatives non conventionnelles, Univers Santé a lancé, fin 2022, un concept baptisé Clinique Minute. Son objectif ? Regrouper dans un même espace des missions officinales telles que la vaccination, le test rapide d’orientation diagnostique angine, la téléconsultation ou encore l’entretien diététique. « Ces espaces combinent aussi bien des missions conventionnelles que des initiatives hors convention », informe Golareh Motaharian, directrice marketing, pricing et communication d’Univers Santé. Actuellement, plus d’une vingtaine d’espaces Clinique Minute ont été déployés au sein du réseau Univers Santé. « Ce concept nécessite une surface suffisamment importante car il implique un réaménagement spécifique. Nous accompagnons les pharmacies dans cette démarche grâce à notre cellule d’architectes interne », déclare Golareh Motaharian.
Des missions génératrices de valeur
Si la plupart de ces initiatives non conventionnelles ne sont pas rémunérées, elles contribuent néanmoins à créer de la valeur pour l’officine. « La mise en place de ces services permet à la fois de fidéliser les patients existants et d’en attirer de nouveaux. C’est une valorisation de l’image de l’officine, elle dépasse le simple rôle de dispensateur de médicaments », pointe Alexis Berreby, cofondateur de Leadersanté. Par ailleurs, les conseils personnalisés du pharmacien peuvent permettre, dans certains cas, d’augmenter le panier moyen. « Les produits complémentaires aux traitements, notamment en oncologie, peuvent devenir un relais de marge pour la pharmacie », confirme Thomas Nepveux.
Ces services jouent également un rôle clé dans le recrutement des adhérents au sein des groupements. « Certaines pharmacies nous rejoignent parce qu’elles sont intéressées par les services de santé pour lesquels nous accompagnons leurs équipes et souhaitent aussi bénéficier des campagnes de prévention et de suivi des patients tout au long de l’année », observe Sonia Plumecocq (Giropharm). Cet élargissement des missions permet en outre de valoriser la profession, notamment auprès des nouvelles générations. « De nos jours, la dimension de service du métier séduit particulièrement les jeunes pharmaciens. Ce type d’initiative peut clairement devenir un moyen d’attractivité pour la profession », analyse Christophe Besnard (Pharmacie Lafayette).
Un nouveau relais pour les aidants
Totum Lab est un fonds de dotation qui héberge une pépinière de projets lancés par les associés du réseau Totum Pharmaciens. Depuis septembre, il propose un service baptisé Réflexe aidants, destiné à mieux repérer et accompagner les proches aidants lors de leur passage en pharmacie. Ce dispositif repose sur une démarche simple et structurée, menée par l’équipe officinale. Les pharmaciens et préparateurs, formés par une assistante sociale spécialisée, disposent d’un questionnaire intégré au logiciel Bimedoc pour identifier les aidants et évaluer leurs besoins.
À partir des réponses collectées, une liste personnalisée de solutions et de structures locales, issues de la plateforme Ma boussole aidants, est automatiquement générée et remise à l’aidant. Après une phase pilote lancée en mai dans une dizaine d’officines, le service a été étendu aux 320 pharmacies du réseau Totum. Et ce n’est qu’un début. 2025 « Ce service ne restera pas réservé aux pharmacies Totum, il a vocation à être déployé dans toutes les pharmacies françaises », affirme Mehdi Djilani, pharmacien et président de Totum Lab.
Des freins à lever
Si les actions se multiplient, plusieurs obstacles freinent encore leur déploiement à grande échelle en officine. À commencer par l’intégration de ces nouvelles pratiques dans un rythme officinal déjà sous tension. « Le titulaire doit repenser son organisation, revoir la gestion de son temps et ses priorités, ce qui n’est pas simple dans un quotidien déjà très chargé. La mise en place de nouvelles missions demande du temps et de l’anticipation », pointe Alexis Berreby (Leadersanté).
Au-delà de l’organisation, il s’agit d’opérer un changement culturel au sein des officines. Le pharmacien doit adopter une posture proactive, ce qui nécessite de développer de nouvelles compétences relationnelles et de gestion du temps, mais aussi d’encourager l’ensemble de l’équipe à s’approprier ces nouveaux rôles. « Il faut apprendre au pharmacien à proposer ces nouveaux services, ce qui implique un changement de mentalité », considère Guillaume Paquin (Wellpharma). Pour accompagner cette évolution, Pharmactiv forme les équipes officinales à la « prescription » de services santé au comptoir. « L’objectif est qu’elles proposent spontanément ces services », précise Anne-Laure Aulair (Pharmactiv).
Dans la même dynamique, Univers Santé a récemment lancé une application qui centralise et simplifie l’accès à l’information pour les équipes officinales. « Il est essentiel que les pharmaciens sachent précisément ce qui peut être réalisé en officine. Mais il ne suffit pas que le titulaire soit informé : toute l’équipe doit être sensibilisée et capable de relayer ces informations aux patients. L’information doit donc être claire, concise et facile à assimiler », détaille Golareh Motaharian.
Rendre visibles les services de santé
Un autre défi persiste : les patients connaissent encore mal l’offre de services disponible en pharmacie. « Pour améliorer la communication autour des services santé, nous mettons en place des vitrophanies permanentes et animons tous les mois des campagnes thématiques intégrant systématiquement des services santé. Nous envoyons aussi des newsletters aux patients détenteurs de la carte de fidélité pour les informer des services santé disponibles », rapporte Sonia Plumecocq (Giropharm).
De son côté, Lafayette a développé un concept consacré à la prévention baptisé Mon Point Santé, qui s’appuie notamment sur un kit de communication clé en main (PLV, écrans, contenus santé) pour renforcer la lisibilité de l’offre de services auprès du grand public. De même, Pharmethical a développé une application de santé. Connecté au logiciel de gestion de l’officine, elle permet aux pharmaciens d’établir un lien direct avec leurs patients. « Dès qu’un nouveau service de santé est disponible en officine, les patients reçoivent une notification pour les en informer. Ils peuvent aussi prendre rendez-vous directement depuis l’application si le service les intéresse », explique Philippe Viratelle, président de Pharmethical.
Ces nombreux exemples le prouvent : la pharmacie change de visage. D’un lieu de dispensation, elle devient un carrefour de santé de proximité, où prévention et coordination des soins prennent toute leur place. Tout l’enjeu pour les groupements sera de fédérer l’ensemble de la profession autour de cette transformation.
Une consultation clé en main pour les voyageurs
Depuis avril 2025, le groupement Wellpharma expérimente un entretien officinal pour les voyageurs dans 12 pharmacies pilotes. Mise en place via un protocole de délégation signé entre un médecin et un pharmacien délégué dans le cadre d’une structure d’exercice coordonné, cette initiative permet de prescrire et d’injecter les vaccins (hors fièvre jaune), et de délivrer des traitements antipaludéens. « L’objectif n’est pas d’être en concurrence avec les structures existantes, mais de renforcer la couverture vaccinale, certains schémas vaccinaux devant commencer jusqu’à six semaines avant le départ », précise Guillaume Paquin, président de Wellpharma.
Le service s’appuie sur un dispositif complet : formation, outils, affichage et fiches patients. Chaque voyageur repart avec une trousse personnalisée incluant répulsifs, médicaments pour l’appareil digestif, pansements ou contraception d’urgence. « J’ai mis en place ce service dans mon officine, cela fonctionne très bien. J’ai déjà reçu une vingtaine de patients dans ce cadre », se félicite-t-il.
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