Application mobile : la pharmacie dans la poche

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Application mobile : la pharmacie dans la poche

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Publié le 29 décembre 2025
Par Audrey Fréel
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Portées par les groupements, les applications mobiles s’imposent progressivement en officine. Ces outils élargissent les services proposés aux patients et modernisent l’image de la pharmacie.

Prise de rendez-vous, scan d’ordonnances, commande de produits, click and collect, conseils santé, promotions… Les applications mobiles offrent la possibilité aux pharmacies d’étoffer leurs services et « modernisent leur image », souligne Alexis Berreby, cofondateur de Leadersanté. Le groupement propose depuis 2019 une application mobile consacrée au scan d’ordonnances, à la prise de rendez-vous, au click and collect et à la livraison à domicile. Aujourd’hui, 440 officines l’ont adoptée, soit une progression de 20 % entre 2024 et 2025. Côté patients, l’application compte désormais 75 000 utilisateurs.

Pharm UPP a également développé une solution mobile destinée aux patients. Baptisée Mon Pharmacien UPP, elle permet d’envoyer des ordonnances, de passer des commandes ou de prendre des rendez-vous. « Environ un tiers de nos adhérents, soit près de 400 pharmacies, peuvent en bénéficier », souligne Sébastien Tosques, directeur opérationnel du réseau.

Des lancements qui s’accélèrent

Même dynamique chez Wellpharma, qui a lancé l’an dernier une application business to consumer (BtoC) qui intègre prise de rendez-vous et envoi de scans, conçue en partenariat avec Equasens, filiale de la coopérative Welcoop. Enrichie cet été, elle permet désormais au patient d’accéder à sa carte de fidélité, de consulter ses points et de bénéficier de tous les avantages du programme relationnel. Le click and collect y sera directement intégré début 2026. Pour l’heure, cette application mobile reste réservée aux 100 pharmacies qui sont sous enseigne, toutes équipées du logiciel de gestion officinal d’Equasens.

De même, Pharmethical déploie actuellement sa propre application, développée avec Digitec Pharma. « Elle est en test dans plusieurs pharmacies du réseau et notre objectif est de la généraliser à l’ensemble des officines d’ici un an », confie Philippe Viratelle, président du groupement.

Un gain de temps

Ces services numériques sont, pour la plupart, proposés en option payante ou intégrés à certaines offres d’enseigne. « L’amélioration du taux d’encartage, la hausse du panier moyen ou encore la progression des ventes liées au programme de fidélité convainquent la majorité des pharmacies d’adopter cet outil », observe Ludovic Rivière, directeur des opérations chez Wellpharma. Grâce à l’envoi de l’ordonnance et à sa réception en back-office, les applications font gagner un temps précieux en officine et contribuent à mieux valoriser le point de vente.

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Un atout particulièrement important dans les zones où le maillage officinal est limité. « Au sein des pharmacies qui jouent le jeu, on observe entre 30 et 40 ordonnances dématérialisées par mois, soit environ une par jour. Il s’agit pour le moment d’une option, mais cela pourrait devenir incontournable demain », analyse Alexis Berreby. Il cite l’exemple de New York, aux États-Unis, où les ordonnances papier ont totalement disparu. « Mais les pays latins avancent plus lentement. Tant que la réglementation n’imposera pas une transformation en profondeur, ces pratiques numériques pourraient rester marginales », estime-t-il.

Un succès relatif

Si les applications santé BtoC se développent, leur succès reste relatif auprès des patients. « Dans les faits, leur adoption est limitée. L’appétence pour télécharger une nouvelle appli est faible », remarque Sébastien Tosques. Certains groupements font même un pas de côté, à l’image de Giropharm. La coopérative proposait depuis près de neuf ans une application mobile, un service qu’elle a récemment abandonné.

Ce changement de cap s’inscrit dans l’évolution stratégique engagée en 2020, quand le groupement a décidé de passer d’une logique d’application à un site d’officine responsive. « L’application mobile représentait un surcoût pour nos adhérents, alors que nous avons rendu ce service gratuit via nos sites internet », indique Thierry Miquel, directeur des systèmes d’information chez Giropharm.

Des solutions interconnectées

D’une manière générale, les patients privilégient des outils simples, déjà intégrés à leur environnement numérique, plutôt que des applications isolées. « C’est pour cela que nous ne voulons pas multiplier les applis “gadgets” mais au contraire, nous concentrer sur des solutions interconnectées », pointe Sébastien Tosques.

Dans le secteur de la santé publique, certains acteurs comme Doctolib ou Mon Espace Santé occupent déjà le terrain. « Notre conviction est d’éviter de créer toujours plus de points de contact inutiles et de miser sur les bons partenaires, qui seront capables de s’intégrer dans tous les points d’accès du patient et dans tout l’écosystème de santé », explique le directeur opérationnel. Selon lui, les utilisateurs se tourneront naturellement vers les applications les plus simples et les plus intuitives. « Tout l’enjeu sera d’intégrer l’officine dans cet écosystème afin de réellement faire gagner du temps au patient », résume-t-il. 

Cette logique d’interopérabilité guide également tous ceux qui cherchent à connecter leur appli mobile à des services numériques comme Doctolib, l’e-carte Vitale ou Mon Espace Santé. « Pour l’instant, nous ne sommes pas interconnectés aux autres services mais c’est une volonté de notre part de pouvoir le faire avec, par exemple, Mon Espace Santé. Pour la partie carte Vitale, ce sera possible à partir de 2026 », informe Anissata Boina, responsable digital chez Leadersanté.

Face à l’évolution des usages, la digitalisation s’impose comme un atout stratégique pour les groupements, qui y voient un moyen efficace de soutenir leurs adhérents et de mieux répondre aux besoins des patients.

Des données sensibles

Les applications mobiles d’officine manipulent des informations hautement sensibles, à commencer par les ordonnances. Une vigilance accrue s’impose donc aux pharmaciens. « Dès qu’il y a donnée de santé, une certification spécifique est obligatoire. Les hébergeurs certifiés HDS sont d’ailleurs de plus en plus nombreux », rappelle Thierry Miquel, directeur des systèmes d’information chez Giropharm. Le groupement a ainsi retenu Ecritel, tandis que Leadersanté s’appuie sur Claranet, des hébergeurs français tous les deux certifiés HDS. Les données de santé sont également soumises au règlement général sur la protection des données (RGPD).

« Nous avons mis en place une adresse e-mail dédiée au RGPD, accessible dans les mentions légales du site, qui nous permet de recevoir et de traiter toutes les demandes », précise Thierry Miquel. De son côté, Anissata Boina, responsable digital chez Leadersanté, précise que « toutes les données circulant sur l’application mobile sont chiffrées, qu’il s’agisse des ordonnances ou des informations patients, et ne sont conservées que cinq ans, conformément au RGPD ».