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Les groupements, moteurs de la santé de proximité
Les initiatives hors missions conventionnelles fleurissent au sein des pharmacies, encouragées par les groupements. Ces nouveaux services constituent des leviers de croissance et de valorisation du rôle du pharmacien, malgré un environnement encore contraint.
Alors que leurs marges s’érodent, les officines doivent identifier de nouveaux relais de croissance. Si les nouvelles missions ouvrent déjà des perspectives, certaines pharmacies choisissent d’aller plus loin. Sensibilisation à la ménopause, accompagnement des aidants, dépistage du diabète… Les initiatives hors missions conventionnelles se multiplient. Cette dynamique est largement impulsée par les groupements, convaincus que ces services représentent un levier de développement pour les officines. « Le pharmacien qui ne tient pas compte de l’évolution de son métier et de l’élargissement de ses missions prend un vrai risque pour le maintien de sa patientèle », avertit Thomas Nepveux, directeur général d’Evecial.
de la rémunération ?
Reste une question clé : la rémunération. Car la plupart de ces initiatives ne sont pas facturées. « Pendant longtemps, certains actes de santé ont été réalisés gratuitement. Aujourd’hui, notre modèle évolue vers la prévention et engage d’autant plus notre responsabilité. C’est un changement culturel qui demande une véritable reconnaissance des pharmaciens dans leur rôle d’acteurs de santé », estime Géraldine Noury-Pépion, présidente de Giphar. Pour y remédier, certains groupements explorent de nouvelles pistes, notamment du côté des mutuelles. Mais la mise en œuvre reste complexe. Les conditions varient fortement d’une mutuelle à l’autre, et ces dernières exigent la plupart du temps que le service soit disponible dans l’ensemble du réseau officinal, ce qui n’est pas toujours le cas. « Souvent, la mise en place d’un pilote permet d’en tester la faisabilité et l’efficience », note Sonia Plumecocq, responsable des projets santé chez Giropharm.
D’autres acteurs locaux peuvent également apporter leur soutien. « Certains de nos adhérents développent des partenariats avec les agences régionales de santé. Mais ces initiatives restent ponctuelles et difficiles à généraliser », souligne Damien Hoehr, directeur général de Pharmactiv. Pour lui, la question de la rémunération de ces initiatives relève davantage du rôle des organisations syndicales. « Notre mission, en tant que groupement, est plutôt de démontrer la valeur de ces initiatives et de les mettre en avant », ajoute-t-il.
Des missions génératrices de valeur
Si toutes ces missions ne sont pas directement rémunératrices, elles ne sont pas pour autant dépourvues de bénéfices économiques. « Elles peuvent générer du trafic en officine et certaines prestations peuvent même se révéler rentables selon le modèle mis en place », pointe Christophe Besnard, directeur réseau de Pharmacie Lafayette. En fidélisant la patientèle et en attirant de nouveaux clients, ces services participent directement à la croissance de l’activité.
Les conseils personnalisés du pharmacien ouvrent parfois la voie à des ventes complémentaires. « Le pharmacien peut délivrer des produits dermatologiques ou cosmétiques. Cela contribue à développer le chiffre d’affaires de manière pertinente », souligne Christophe Besnard. Certaines pathologies, comme les cancers, nécessitent en effet de nombreux produits de soutien pour prévenir ou atténuer les effets secondaires des traitements. Le pharmacien est alors le mieux placé pour orienter et accompagner ses patients. « La finalité est d’augmenter le panier moyen, mais de façon pertinente et personnalisée, adaptée aux besoins de chaque patient », insiste Golareh Motaharian, directrice marketing, pricing et communication d’Univers Santé.
Ces initiatives constituent par ailleurs une porte d’entrée vers les missions conventionnées. Giropharm a, par exemple, mené tout au long du mois de novembre une campagne consacrée à la ménopause et à la périménopause, destinée à sensibiliser et conseiller les femmes pour mieux vivre cette période. « Cette campagne vise aussi à promouvoir le bilan de prévention proposé aux femmes de 45 à 50 ans, afin de les inciter à réaliser un check-up santé complet », précise Sonia Plumecocq. Enfin, ces actions contribuent à redorer l’image de l’officine et à valoriser la profession. « Je pense qu’elles mettent en lumière la richesse du cursus pharmaceutique et peuvent même susciter des vocations chez les plus jeunes », observe Thomas Nepveux.
Des obstacles à contourner
Si les initiatives fleurissent, leur mise en œuvre à grande échelle se heurte encore à un obstacle majeur : trouver leur place dans un quotidien déjà bien chargé. « La contrainte de temps est régulièrement évoquée : de nombreux pharmaciens estiment ne pas avoir la disponibilité nécessaire pour intégrer ce type de service », constate Christophe Besnard. L’enjeu consiste donc à définir des priorités claires et des objectifs partagés avec l’équipe. « On ne peut pas tout faire en même temps, il est important de se concentrer sur des domaines d’expertise qui correspondent à la capacité des équipes à bien les porter, avant d’intégrer de nouvelles missions parfois disponibles toute l’année ou de façon plus saisonnière », explique Sonia Plumecocq. Autre défi de taille : les patients méconnaissent encore largement l’éventail de services proposés en pharmacie.
Dans ce contexte, certains professionnels estiment que le cadre réglementaire est trop rigide pour faire connaître les nouveaux services. « Le rôle du groupement est de mieux faire connaître ces initiatives auprès du grand public, sans tomber dans la surcommunication. La communication doit rester éthique. Il serait souhaitable d’assouplir le cadre réglementaire pour favoriser une information éthique et responsable », indique Golareh Motaharian. Dans un environnement officinal en mutation, les pharmacies entrent dans l’ère de la prévention et des services de santé.
3 questions à Bruno Galan, président de la section A de l’Ordre national des pharmaciens
Quelle est la position de l’Ordre sur les initiatives hors missions conventionnelles en officine ?
Nous estimons que ces initiatives doivent s’inscrire dans le prolongement de ce qui est réglementairement autorisé. Tant que les pharmaciens respectent le cadre légal et que ces missions contribuent à l’amélioration de la santé publique, il n’y a pas d’objection. En revanche, il faut rester vigilant sur la communication qui entoure ces pratiques, notamment sur les réseaux sociaux. L’enjeu est de ne pas tomber dans une logique de sollicitation de la patientèle, mais de privilégier un message d’information et de santé publique.
Où se situe la frontière entre innovation et respect du cadre réglementaire ?
La frontière peut parfois être ténue. D’autant que les technologies avancent très vite, notamment avec l’intelligence artificielle. Nous voyons apparaître de plus en plus de dispositifs connectés orientés vers le dépistage. Aussi l’Ordre des pharmaciens a-t-il saisi les services du ministère chargé de la Santé et l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) à ce sujet. Nous appelons à une vigilance renforcée. Il est notamment indispensable de vérifier le respect des marquages obligatoires pour certains dispositifs médicaux connectés, avant de les proposer en officine.
Une réflexion est-elle engagée pour mieux encadrer ces nouvelles pratiques ?
Oui, cette question se pose car de plus en plus de missions sont confiées aux pharmaciens. Certaines prestations devront donc être clarifiées. Une réflexion est déjà engagée, notamment à travers le nouveau code de déontologie, qui devrait être adopté d’ici la fin de l’année. Ce texte précisera plus clairement ce qu’il est possible de faire dans le cadre des missions légales et des prestations hors convention.
Zoom sur quatre initiatives en santé publique
Les services de santé touchent des domaines très divers en officine. Mais ils sont particulièrement développés dans quatre grands domaines de santé publique : le diabète, les maladies cardiovasculaires, l’oncologie et la santé de la femme. Tour d’horizon de quatre actions déployées par les groupements.
Giropharm mobilisé pour le diabète
Acteur engagé dans le dépistage et le suivi du diabète, Giropharm a mené cette année deux actions de sensibilisation majeures dans ce domaine. À l’occasion de la journée du diabète, en juin dernier, le groupement a mis au point des publicités sur le lieu de vente (PLV) et des fiches mémo afin d’interroger les patients sur leurs pratiques d’autosurveillance glycémique et d’auto-administration d’insuline. « Cet entretien court avec le patient diabétique a pu être réalisé par les équipes officinales directement au comptoir. Cela permet de faire un point rapide et efficace en quatre ou cinq questions », détaille Sonia Plumecocq, responsable des projets santé chez Giropharm. En novembre, l’accent a été mis sur la bonne observance dans l’utilisation des consommables du lecteur de glycémie et de l’autopiqueur, notamment les bandelettes et les lancettes. « Nous avons constaté que les patients ne changeaient pas toujours leur lancette à chaque mesure, alors que cela devrait être systématique pour éviter d’éventuelles infections et des lésions », informe Sonia Plumecocq. Pour améliorer cette observance, le groupement a mis au point des fiches d’information à destination des équipes officinales, ainsi que des flyers distribués aux patients.
Giphar cible l’hypertension
10 000 dépistages réalisés en une semaine. C’est le bilan de la campagne des « 6 jours du cœur », conduite fin septembre par Giphar et consacrée au dépistage de l’hypertension artérielle. Pour cette quatrième édition, les pharmacies participantes ont proposé des carnets de suivi aux patients hypertendus, ainsi que des fiches d’information élaborées avec la Fondation de recherche sur l’hypertension artérielle (FRHTA). « La sensibilisation ne se jouant pas seulement au niveau de l’information, mais également via le matériel médical que nous fournissons, nous avons opéré une remise sur le tensiomètre de notre marque propre Libeoz », spécifie Caroline Bhiri, pharmacienne et chef de projets santé chez Giphar. Une démarche qui porte ses fruits : entre 2024 et 2025, les ventes de tensiomètres ont progressé de 53 % au sein du réseau, et plus de 24 000 dépistages tensionnels ont été réalisés depuis 2024.
Totum booste l’expertise en oncologie
Pour mieux prendre en charge les patients atteints de cancer, Totum a lancé, en 2023, la certification OncoPharma, accessible à toutes les pharmacies françaises. Ce programme repose sur une formation de 42 heures dispensée par la Totum Academy. À ce jour, trois pharmacies ont déjà obtenu la certification, tandis que 99 autres ont entamé la démarche. En parallèle, le groupement propose à ses adhérents une formation allégée, des supports de communication et un accompagnement à la mise en place d’ateliers thématiques (autopalpation, nutrition, soins dermocosmétiques). Totum soutient également les pharmacies dans la mise en valeur de leur expertise en oncologie au sein de l’officine : descente murale, mobilier pour les soins dermocosmétiques, conseils d’aménagement, etc.
Hello Pharmacie s’engage pour une détection précoce de l’endométriose
Hello Pharmacie mobilise son réseau autour d’un enjeu de santé féminine majeur : la détection précoce de l’endométriose. En partenariat avec EndoAct France (réseau créé par Lore-Anne Trillou, pharmacienne et adhérente de Hello Pharmacie), 95 pharmacies ont participé, tout au long du mois de septembre 2025, à une campagne visant à repérer plus rapidement les femmes potentiellement concernées. Au comptoir, lorsqu’une femme en âge de procréer évoque des douleurs menstruelles ou des symptômes évocateurs, l’équipe officinale lui propose un questionnaire de dépistage express. En deux minutes, il permet d’évaluer la nature et l’intensité des douleurs. Un score de 3 ou 4 sur 4 déclenche une orientation vers un professionnel de santé : médecin généraliste, gynécologue ou sage-femme. Pour accompagner cette initiative, Hello Pharmacie et Pharmaconsulting ont déployé des formations en classes virtuelles destinées aux pharmaciens. Objectif : renforcer leurs connaissances sur l’endométriose et sa prise en charge conventionnelle. Les pharmacies formées durant cette campagne disposent ainsi des outils nécessaires pour repérer et orienter, tout au long de l’année, les femmes susceptibles d’être atteintes d’endométriose au sein de leur officine.
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