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La skincare coréenne a-t-elle sa place en pharmacie ?
La cosmétique coréenne s’impose progressivement sur le marché européen. Certaines pharmacies franchissent le pas et proposent ces gammes dans leurs rayons. À qui s’adresse la K-Beauty ? Est-elle vraiment révolutionnaire ? Analyse d’une tendance en pleine expansion.
Des réseaux sociaux aux salles de bains, les cosmétiques coréens sont partout et s’invitent désormais aussi dans les pharmacies françaises. Plus d’une cinquantaine de marques commencent à se faire connaître (Laneige, COSRX, Beauty of Joseon, SKIN1004, etc.). Entre janvier et avril 2025, la Corée du Sud s’est d’ailleurs hissée au rang de second exportateur mondial de cosmétiques, juste derrière la France.
Recherche d’un certain idéal de beauté
La K-Beauty, pour Korean Beauty, s’inspire de la routine de soin des femmes sud-coréennes, qui arborent une peau lisse, uniforme, rebondie et radieuse. C’est ce glow naturel qui est principalement recherché. Elle repose sur une succession de 10 étapes : nettoyant à base d’huile puis d’eau, exfoliant, tonique, essence, sérum, masque, contour des yeux, hydratant, protection solaire. « Il s’agit principalement d’arguments marketing. Cependant, les Sud-Coréennes s’astreignent souvent à toutes ces étapes pour entretenir leur peau », remarque Florence Bernardin, experte en cosmétiques asiatiques.
« Les produits de K-Beauty s’adressent surtout à des clients jeunes, qui ne présentent pas de problèmes de peau spécifiques et commencent tout juste à utiliser des cosmétiques », poursuit la directrice et fondatrice d’Asia Cosme Lab, une agence qui décrypte les produits de beauté asiatiques pour le marché européen. Ce public recherche essentiellement une bonne hydratation, des pores resserrés, une peau unifiée et une radiance visible. Une beauté avant tout « instagrammable », qui invite au partage sur les réseaux sociaux.
Loin de la cosmétique traditionnelle
Pour séduire cette cible spécifique, les textures se veulent fluides, ludiques, colorées, très différentes de celles proposées par la cosmétique traditionnelle. « La légèreté des textures permet, en superposant plusieurs produits, de trouver un équilibre qui convient parfaitement à chaque peau. »
Au même titre que d’autres marques axées sur le soin de la peau, appelée aussi « skincare », les produits coréens peuvent trouver une place dans les rayons de parapharmacie. L’officine se distingue toutefois par son rôle de conseil. Les équipes officinales peuvent orienter la clientèle en identifiant d’éventuelles problématiques qui nécessiteraient de complémenter la cosmétique coréenne par de la dermocosmétique (en cas d’acné sévère, d’atopie, d’allergie, etc.). « Cette expertise est d’ailleurs le point fort qui fait la réputation mondiale de la pharmacie à la française », complète Florence Bernardin.
De plus en plus de marques coréennes jouent sur l’illusion d’une caution médicale, via leur nom (Dr.G, Dr.Jart+, Medicube, Medifill) et leur packaging qui reprend les codes de la dermocosmétique française. Cependant, elles s’avèrent très similaires aux autres et ne traitent pas de réels problèmes dermatologiques.
Entre classique et innovation
Parmi les arguments de la K-Beauty, les allégations pullulent : « Naturel », « Végan », « Non testé sur les animaux »… Mais ces critères sont-ils équivalents en Corée du Sud et en France ? « Tous les produits importés dans notre pays doivent être conformes à la réglementation européenne, notamment pour les ingrédients interdits et ceux autorisés sous certaines conditions, en particulier en ce qui concerne leur concentration maximale », détaille Laurence Coiffard, professeure en cosmétologie à la faculté de pharmacie de Nantes (Loire-Atlantique) et coautrice du blog Regard sur les cosmétiques. « La mention “Cruelty free” ou “Sans cruauté” n’apporte pas vraiment de valeur ajoutée, puisque notre réglementation interdit l’importation de produits testés sur les animaux. En revanche, la labellisation “bio” est plus floue, car chaque pays possède sa propre charte sur le biologique. » Pour être autorisés à la vente en France, les ingrédients doivent obligatoirement apparaître en anglais, selon l’international nomenclature of cosmetic ingredients (Inci). S’ils sont indiqués uniquement en coréen, cela signifie que le produit est importé illégalement sur le territoire.
À la limite du greenwashing
Quant à la « naturalité » mise en avant, elle frôle le greenwashing, méthode de marketing consistant à communiquer auprès du public en donnant une image écoresponsable du produit, souvent très éloignée de la réalité. Certes, cette cosmétique est développée essentiellement à base d’ingrédients d’origine naturelle, comme la bave d’escargot, l’eau de riz, le yuzu, le thé vert, le ginseng, le bakuchiol (issu des graines de babchi, Psoralea corylifolia), l’herbe du tigre (ou Centella asiatica). Leur proportion dans les formulations est rarement majoritaire.
De plus : « Tous ces ingrédients sont déjà bien connus de la cosmétique traditionnelle qui se dit naturelle », reconnaît Laurence Coiffard. Les grands piliers de la K-Beauty restent des composés extrêmement répandus, à savoir le collagène, l’acide hyaluronique, la vitamine C ou encore l’Aloe vera. Rien de révolutionnaire de ce côté-là.
Si la cosmétique coréenne tire peu son épingle du jeu par ses compositions, elle innove dans l’expérience d’utilisation : sur les textures, les formats, les applications, les nouveaux temps réservés à la beauté… Elle ose sortir du cadre de la salle de bains, avec, par exemple, ses masques à laisser poser plusieurs heures, voire toute la nuit, ou tout en poursuivant ses activités.
Une solution plus sûre pour la peau ?
Comme pour tout produit cosmétique, la naturalité n’est pas toujours synonyme d’innocuité. La routine coréenne insiste sur l’importance de l’exfoliation pour obtenir une peau sans imperfection. Dans cette optique, l’acide glycolique et l’acide salicylique sont les deux actifs clés très utilisés. Ils soulèvent quelques inquiétudes en cas d’utilisation fréquente, en raison de potentiels effets néphrotoxiques pour le premier, et en perturbant les fonctions endocriniennes pour le second. D’autres composés appellent également à la prudence, comme le cyclométicone, employé dans de nombreuses crèmes hydratantes pour ses propriétés émollientes et adoucissantes, mais soupçonné d’être un perturbateur endocrinien. Ou encore certaines huiles minérales et des hydrocarbures de synthèse qui se retrouvent parfois dans les formulations, alors qu’il est reconnu qu’ils peuvent se dégrader en composés cancérigènes. « Il existe effectivement des ingrédients à surveiller, mais ni plus ni moins que pour toute autre marque. Aucun produit n’est parfait à 100 %. Je recommande toujours de bien analyser les compositions et de proposer des solutions adaptées aux besoins de la peau ainsi qu’à l’état de santé du patient », indique Laurence Coiffard, qui illustre ses propos avec la situation suivante : « Une personne souffrant d’un cancer hormonodépendant doit éviter au maximum les perturbateurs endocriniens. »
Faibles concentrations, donc risques limités
La technique du layering, consistant à superposer plusieurs couches, amène à s’interroger sur un potentiel effet cocktail. « L’accumulation de différents cosmétiques sur la peau crée par ailleurs un effet occlusif, avec, pour conséquence, une augmentation de la pénétration dermique », met en garde l’experte en cosmétologie.
Florence Bernardin nuance toutefois ces risques : « Les cosmétiques coréens sont très faiblement dosés. Cela explique d’ailleurs leur texture si aqueuse et le fait qu’il faille en utiliser plusieurs pour ressentir une hydratation suffisante. » De si faibles concentrations réduisent la possibilité d’une surpénétration, à la fois des actifs et des ingrédients controversés. Elles justifient aussi pourquoi la technique du layering n’est pas du tout transposable à des produits de beauté plus classiques et bien plus fortement dosés.
Prudence avec les cosmétiques solaires
Un autre point de vigilance concerne les filtres solaires, indispensables de la routine de beauté coréenne. La K-Beauty n’est pas épargnée par la présence de certains filtres soupçonnés de se dégrader en composés classés « cancérogènes possibles pour l’homme », comme l’octocrylène. À cela s’ajoute une différence de normes : « Les indices de protection solaire des produits coréens ne correspondent pas du tout aux indices français, car ils ne sont pas testés de la même manière », tient à ajouter Florence Bernardin. Les crèmes solaires coréennes, aussi appelées UV care, ne sont pas commercialisées sur le marché européen pour cette raison. Pourtant, des soins quotidiens comme les crèmes de jour contiennent, très souvent, un indice de protection solaire. Ils sont à considérer avec prudence, car « ces cosmétiques sont destinés à un usage urbain, pour des personnes qui s’exposent peu au soleil », conclut-elle.
Entre textures séduisantes et promesses bien rodées, la beauté coréenne ouvre un nouveau chapitre qui est en train de se démocratiser dans les rayons des pharmacies françaises.
À retenir
- Plus d’une cinquantaine de marques sud-coréennes sont accessibles sur le marché français.
- Les soins de K-Beauty repose sur une routine de 10 étapes, entièrement personnalisable.
- La cosmétique coréenne s’adresse principalement à un public jeune, qui découvre les soins beauté, sans problème de peau particulier.
- Peu concentrés en principes actifs, ces produits se distinguent par des textures ultralégères et très fluides.
- Cette skincare peut, comme les autres cosmétiques, contenir des ingrédients à risque potentiel qui doivent être évités chez certaines personnes (perturbateurs endocriniens, cancérigènes, etc.).
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