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PDA : 10 chiffres pour comprendre son modèle économique
La préparation des doses à administrer (PDA) traverse une zone de turbulence qui remet en cause son équilibre financier. La dépendance aux remises octoyées sur les médicaments génériques, la pression des coûts et l’absence d’un cadre stabilisé fragilisent les officines investies à grande échelle dans cette activité. Dix chiffres permettent de comprendre les ressorts économiques de la PDA et les leviers qui pourraient sécuriser son avenir.
La crise provoquée par le plafonnement des remises sur les génériques a révélé la vulnérabilité d’un modèle qui soutient pourtant plusieurs centaines d’officines. La préparation des doses à administrer, devenue indispensable au fonctionnement des Ehpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) repose aujourd’hui sur des marges comprimées et un cadre technique incomplet, en attente de bonnes pratiques depuis plus d’une décennie. Entre seuils de rentabilité, participation éventuelle des établissements et espoir d’un honoraire spécifique, les officinaux examinent désormais au millimètre les équilibres économiques de cette activité. Dix chiffres clés permettent d’en saisir les lignes de force.
« Une activité à forte intensité de main-d’œuvre, mais sans cadre stabilisé »
Cet été, plusieurs pharmacies ont suspendu la PDA pour relever l’impasse dans laquelle elle se trouve : un modèle dépendant quasi intégralement des remises sur les génériques. Cette fragilité structurelle, mise en lumière par le conflit avec l’État, place la mission Inspection générale des affaires sociales (Igas) et l’inspection générale des finances (IGF) au centre des attentes, avec l’espoir qu’un cadre pérenne et financé soit enfin posé.
La PDA peut représenter jusqu’à plus de 50 % du chiffre d’affaires de certaines officines. Pourtant, les bonnes pratiques de préparation n’ont toujours pas été publiées au Journal officiel, plus de dix ans après leur annonce. Pour Pierre-René Clément, pharmacien à Thionville (Moselle), « l’un peut très bien aller sans l’autre ». À la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), Raphaël Gigliotti, vice-président de l’antenne départementale des Alpes-Maritimes considère au contraire que « poser des bonnes pratiques va permettre d’uniformiser nos façons de travailler ».
Dans cette équation délicate, certains repères techniques demeurent essentiels. La robotisation ne devient pertinente qu’au-delà d’environ 500 résidents desservis. Quel que soit le niveau d’équipement, les exigences de stabilité des unités déconditionnées et de traçabilité s’imposent.
Les 10 chiffres à connaître
1. 50 %
Part que peut représenter la PDA dans le chiffre d’affaires (CA) de certaines officines.
2. 10 ans
Durée depuis laquelle les bonnes pratiques de préparation attendent leur publication.
3. 500 résidents
Seuil en dessous duquel un robot n’est pas considéré comme rentable.
4. 80 résidents = 100 000 € HT
CA annuel moyen du médicament pour un Ehpad de 80 résidents.
5. 370 €
Marge moyenne nette annuelle par résident d’un Ehpad.
6. 30 %
Marge globale estimée sur la délivrance de médicaments génériques via la PDA en Ehpad.
7. 4 à 6 € par semaine
Montant obtenu par patient dans certains accords locaux de gré à gré entre officines et établissements.
8. 1 € par jour
Seuil minimal envisagé pour un futur honoraire journalier de préparation.
9. 3 % du CA HT
Seuil d’alerte sur le coût des livraisons.
10. 4 % du CA
Seuil d’alerte sur le coût des consommables.
« La PDA gratuite n’est plus soutenable »
La contraction des marges, accentuée par la baisse des prix des médicaments et le recul des volumes de prescription, a durci les positions. Cet été, les syndicats ont appelé à suspendre temporairement la PDA, avec des courriers adressés aux Ehpad et aux agences régionales de santé (ARS). L’objectif : rendre visible une réalité économique longtemps masquée.
Les directions d’Ehpad, elles, refusent de financer directement cette prestation. Pour Jean-Christophe Amarantinis, président du Synerpa, syndicat national des établissements, résidences et services d’aide à domicile privés pour personnes âgées, le forfait soins « n’inclut ni les médicaments ni la rémunération des pharmaciens ». Quelques établissements acceptent toutefois une participation ciblée, notamment pour les consommables ou la livraison, dans le cadre de négociations locales. « Des confrères ont refacturé le coût des consommables et le temps de préparation à hauteur d’un équivalent temps plein de préparateur », relate Pierre-René Clément.
Dans plusieurs départements, des titulaires se sont coordonnés pour harmoniser leurs pratiques et obtenir une rémunération de 4 à 6 euros par patient et par semaine. Une dynamique collective inédite, portée par la raréfaction des “gros faiseurs” de PDA.
Une rémunération structurée encore à inventer
L’Assurance maladie apparaît comme le levier central de la réforme. Pour Lucie Bourdy-Dubois, présidente de la commission Métier pharmacien à la FSPF, « en-dessous d’un forfait journalier de 1 euro par résident, on ne peut pas faire ». La Cour des comptes confirme que l’adaptation du modèle de rémunération est devenue indispensable, rappelant que plus de 90 % des erreurs médicamenteuses surviennent en amont ou en aval de la préparation.
Elle recommande d’expérimenter en 2026 la mutualisation ou la sous-traitance entre officines, et de définir un cadre financier adapté. Reste à savoir si les négociations conventionnelles acteront, enfin, la reconnaissance économique d’une activité devenue stratégique pour l’ensemble de la chaîne du médicament en Ehpad.
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